Cet après midi là, les
maîtres de fraternité présents, comprirent que
les prochains à passer sur les bûchers ce seraient eux.
Alors ils décrétèrent la "Grande Grève
des Cathédrales". En l'espace de trois semaines, les chantiers
en cours furent abandonnés et la presque totalité des
personnels prit les chemins de l'exil. Ces chantiers ne seront repris
que beaucoup plus tard, avec de grandes difficultés, par les
religieux. Le seul bâtiment construit après 1314 fût
la basilique Notre Dame de l'Epine (1405/1527), à côté
de Châlons sur Marne, sur des plans datant d'avant. Les plans
et l'effet induit par la forme sont corrects, mais la science des
manipulations énergétiques est absente.

Construire sacré, c'est construire
en tenant compte des forces souterraines issues du plus profond de
la terre. Ces forces que depuis les temps les plus anciens on respectait
sous le nom de wouïvre.
Un site sacré est un lieu, qui, à l'état
naturel, est puissamment géopathogène. Souvent, c'est
un croisement de cours d'eau souterrains qui le rend dangereux pour
le vivant. Il fonctionne sous un principe électrique simple.
Lorsque vous avez une charge importante dans le sous sol, l'équilibre
micro-électrique de surface se fera en attirant une force équivalente
venue de la magnétosphère. Les forces issues de la terre
sont jaillissantes, celles du cosmos, sont descendantes. Lorsque vous
êtes sur un point géopathogène, vos pieds sont
à l'équilibre micro-électrique, mais pas votre
tête. Ces forces vous vident littéralement de vos énergies
qui sont aspirées et digérées par la terre. Les
constructeurs du sacré ont toujours utilisé ses points
pour leurs bâtiments. Plus ils étaient dangereux, plus
ils les intéressaient car plus la force issue de la terre était
importante. Cette force, les maîtres d'oeuvre-voyants en visualisaient
l'aura et construisaient autour, à sa mesure. Celle-ci se décompose
en trois couches. La première, la plus près de la terre,
est celle qu'ils utilisaient à l'époque mégalithique
pour leurs dolmens, la deuxième, médiane, est celle
du peuple du roman, et la troisième, la plus grande, celle
du gothique. Avec la pierre, en les utilisant comme des micro piles,
ils montaient une cage pour cette aura et faisaient couler à
l'extérieur du bâtiment les forces issues du cosmos,
libérant ainsi la wouïvre qui remplissait l'intérieur.
Les cryptes sont toujours romanes et sont des modernisations des dolmens.
Les constructeurs du sacré avaient le sentiment d'installer
des "machines". Pour eux, leurs oeuvres étaient des
"athanors" destinés à transmuter les populations.
Les évêques de ces temps étaient les enchanteurs
de ces machines et dirigeaient d'immenses transes collectives. A Chartres
était pratiqué au solstice d'été la transe
de la chenille. A l'aube les portes étaient ouvertes, et, un
par un, à la queue le leu, la population entrait, rythmant
tous ensemble des pieds le balancement de la chenille. Boum à
gauche, boum à droite, de leurs pas lourds, ils avançaient
lentement vers le labyrinthe, et, après en être sortis,
ils continuaient le balancement et allaient tranquillement s'entasser
sous les voûtes. Toute la journée, boum, boum, le balancement
continuait, s'amplifiant sans cesse, et, le soir venu on fermait les
portes pour que la cathédrale vibre au maximum. Au signal de
l'évêque, tout à coup ces milliers de personnes
s'arrêtaient et en une fraction de seconde, magique d'un silence
hallucinant, toute cette population entrait en transe et fusionnait
avec le divin.
C'est tout ça que Philippe le Bel assassina sur le bûcher
des templiers. Il ouvrait toute grande la porte à la dictature
des religieux, le temps noir de l'Inquisition commençait. L'immanence
platonicienne laissait la place à la transcendance aristotélicienne.
Saint Augustin était vaincu par Saint Thomas d'Aquin. L'être
ne pouvait plus fusionner avec le divin sur ses propres forces, il
lui fallait la "grâce" divine, que bien évidemment,
seuls les prêtres et leurs rituels pouvaient induire.
Les Templiers avaient protégé les fraternités
de constructeurs, quelle que fût leur obédience, des
religieux et des seigneurs. Leur disparition les laissaient seuls
face à leurs impitoyables ennemis.
Le sacré désertait l'occident atlantique chrétien.
Des professionnels de cette qualité sont rares. Partout où
ils allèrent, ils furent bien accueillis. Venise était
la richissime puissance dominante en Méditerranée, ils
y travaillèrent. En Italie du nord où les comptables
du Temple furent à l'origine des grandes familles des banquiers
lombards, ils firent la Renaissance mais en s'y intégrant,
ils perdirent leur particularisme et se sécularisèrent.
Dans les royaumes d'outre mer, c'est à dire au Moyen Orient,
en Cilicie en particulier, ils réussirent à conserver
leur âme et à maintenir leur culture ancestrale en l'état.
La science du "pèlerinage de l'âme", qui avait
ossaturé leur spiritualité depuis les temps immémoriaux
y survécu et ils réussirent à nous la transmettre
grâce au tarot.
Fait à Sainte-Suzanne
le 25 juin 2006