Aymara Falcon est
artiste et fait partie de l'équipe d'Agustín Guzmán
(biographie). Elle parle
de son travail.
JC Flornoy, 4 décembre 2005
Depuis 2003, ONG Comunidad Tawantinsuyu soutient l’École
d'Art NYI (dans l'Amazonie péruvienne) qui fonctionne dans un
campement de notre propriété et à laquelle assistent,
de janvier à juin, des enfants et des jeunes de la Communauté
de Port Miguel, Quebrada de Yarapa, Iquitos.
La Communauté de Port Miguel est un hameau formé par des
originaires Cocama - Cocamillas, de l’ethnie Tupí - Guaraní
qui, malheureusement, a perdu sa Langue et ses Traditions. Au début
de l’année 2005, grâce à une relation déjà
fortifiée avec les communautaires, nous nous sommes consacrés
à orienter notre travail vers la recontruction de leur Mémoire
et, à travers elle, de leur Identité.
Depuis cette année, les élèves reçoivent
des classes de Dessin et de Peinture d’orientation formelle :
Sculpture, Taille de bois, Peinture Néo-Amazonienne, Atelier
de Papier Artisanal et classes d'Histoire de l'Art Amazonien.
Nous avons choisi d’enseigner cette Histoire de l'Art, c’est-à-dire,
celle qui est transmise dans l’informalité de la tradition
orale quotidienne, car nous sommes conscients qu’avant d’être
mis en contact avec l'art occidental, les élèves doivent
savoir apprécier ce qui, bien qu’étant leur propre
art, est devenu quelque chose "d’inconnu" pour eux.
Nous nous sommes également résolu à accepter l'arrivée
de volontaires, de façon à établir de nouvelles
liaisons dont la particularité est l’échange qui
se produit entre les deux parties, où chacun apprend de l'autre
: les élèves de nos visiteurs et nos visiteurs des enfants.
Nous obtenons ainsi la manifestation spontanée de l'AYNI (Donner/
Recevoir) en complicité avec le MUNAY (le Sentiment).
Ainsi, en avril 2005, l'acteur italo-français Franck Povvedi,
nous a rendu visite et a initié les jeunes aux arts scéniques,
en utilisant des techniques théâtrales de l'école
de Lee Sttrasberg.
En juillet, est arrivé le sculpteur néerlandais Hans Lubbinge,
pour leur enseigner à travailler à partir des déchets
de la forêt. Avec lui est aussi arrivée sa compagne, l'anthropologue
Silvia Mesturini, qui les a familiarisés avec le concept d’
"anthropologie inverse".
Comme c’est deja connu partout l'Amérique du Sud, l'éducation
a des fils et beau-fils, Port Miguel appartient à ces derniers.
Par conséquent, bien que nous rencontrons des problèmes,
nous trouvons toujours des solutions. Nous voulions y nous voulons encore,
que nos élèves aient les mêmes possibilités
que les enfants des villes. Notre objectif est de leur offrir, là
où ils résident, des contenus similaires et de même
qualité à ce qu'ils trouveraient s'ils disposaient de
plus de ressources.
Pour l’année 2006, notre souhait est de faire un recueil
de leurs légendes et un herbier de leurs plantes médicinales,
afin de les publier dans un livre fait avec leur propre papier artisanal.
A fin la période scolaire 2005 (ici en décembre), nous
avons poursuivi notre travail en convoquant à Lima, deux de nos
professeurs dans le but qu'elles reçoivent une formation plus
spécialisée.
Mais le meilleur restait à venir car, grâce au concours
annuel du Musée d'Art de Lima, dont le sujet était cette
année "En Construisant Identité à travers
l'Art", nous avons invité et rendu possible la venue à
Lima de deux élèves de l’École d’Art
NYI, Junior Ruiz Macuyama et Merlin Yume Canaquiri, afin qu’ils
participent à l'événement. L’énorme
foi que nous avions dans ce projet a permis que Lan Perú nous
fasse don des billets d'avion et ces jeunes qui ont vu, pour la première
fois depuis le ciel, l’ondulante rivière Ucayali , sont
venus depuis l’inconnu Port Miguel jusqu’à la grande
ville.
Entre le 16 et le 19 novembre, dans les locaux du Musée d'Art
et, pour la première fois, deux jeunes de la forêt ont
participé à un concours, d'égal à égal,
avec d’autres jeunes de Lima ; une grande partie des engagements
que nous avions pris en commençant notre travail, étaient
déjà comblés mais nous avons reçu beaucoup
plus.
Junior Ruiz Macuyama a gagné le Premier Prix de la catégorie
Arts Plastiques. Les deux jeunes ont laissé une excellente impression
aux autorités du Musée d'Art et au jury.
Cet accomplissement obtenu nous rempli évidemment de joie mais
il ne signifie pas que nous avons terminé notre tâche ;
nous commençons seulement et aujourd’hui nous sommes encore
plus convaincus que nous devons investir davantage de responsabilité,
d’humilité et de force car il ne s’agit pas de former
des lauréats de concours sinon d’aider des enfants et des
jeunes à grandir afin qu’ils se "gagnent" eux-mêmes.
Notre travail n'a pas été isolé puisque, des personnes
généreuses, confiantes dans la transparence de notre projet,
ont collaboré avec nous et ceci est le motif de cette lettre.
Nous voulons partager avec eux ce premier aboutissement de nos élèves.
Nous remercions : One Heart Many Rhymthms, Franck Povvedi, Hans Lubbige,
Silvia Mesturini, Elianne Fliegans-Jung et Claude Vaux, David Ross,
Malena Morales Valentin,Eduard Gazda, Lan Perú et le Musée
d'Art de Lima pour la confiance qu'ils ont eu en nous.