texte venu du web,
auteur inconnu, merci à lui.
1 - L'histoire du peuple gnawa
Les Gnawa du Maroc
sont les descendants des esclaves, ils ont été amenés au Maroc en
tant qu'esclaves noirs déportés des pays de l'Afrique occidentale
subsaharienne (Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger, Guinée). Leur saint
patron est Sidi Bilai, c'est le premier esclave qui fut libéré par
le prophète Mahomet pour devenir le premier muezzin (celui qui fait
l'appel à la prière) de l'Islam. Ils se sont ensuite métissés à la
population locale et se sont formés en confrérie pour créer un culte
original mélangeant des apports africains, andalous et arabo-berbères.
On dit des Gnawa qu'ils sont "africains par la sève et maghrébins
par la greffe". Les Gnawa pratiquent un rite de possession appelé
derdeba et qui se déroule la nuit (lila) d'où son appellation de lila
de derdeba. Ce rite rassemble les chefs de culte et les adeptes qui
vont s'adonner à la pratique des danses de possession et à la transe.
2 - Le rite de possession (lila de
derdeba )
Lors du rite de possession, les musiciens,
après avoir effectué leur répertoire de divertissement (koyyou), vont
jouer le répertoire sacré (mluk) où les adeptes et les danseurs vont
être sujet à des phénomènes de transe. Le maître musicien va enchaîner.
de minuit à sept heures du matin, une série de devises chantées, accompagnées
par son guembri et par les joueurs de qraqeb. Chaque devise chantée
fera référence à un djinn ou à un mluk (génie, esprit) bien déterminé.
Les entités invoquées peuvent être des entités purement surnaturelles
ou des saints ayant réellement existé. Il y a sept cohortes de mluk
et chacune d'entre elles possède à sa tête un ou plusieurs esprits
dominants. Les mluks ont chacun une devise chantée, un encens particulier
(que l'on brûle quand l'esprit prend possession d'un adepte), une
couleur.
On distingue les mlouk de la mer (moussaouiyin) auxquels on attribue
le bleu clair ; les célestiels (samaouiyin) ont pour couleur le bleu
foncé ; les mlouk de la forêt, (rijal al ghaba) originaires d'Afrique
ont pour couleur le noir tout comme les mlouk appartenant à la cohorte
de Sidi Mimoun ; enfin les mlouk rouges (al houmar), liés au sang
et qui hantent les abattoirs. Le blanc et le vert sont réservés aux
saints invoqués, notamment Moulay Abdelkader Jilali et les chorfa.
La couleur jaune est attribuée à l'esprit féminin Lala Mira.
Le Coran précise aussi que les djinns sont créés à partir de
feu clair sans fumée et se différencient des anges qui sont crées
de lumière. Les djinns sont encore décrits comme des êtres plus subtils
que les êtres humains. Ils possèdent leurs principales fonctions psychologiques
et physiologiques ; ils mangent, boivent, se marient, engendrent et
meurent. Ils ont même une constitution sociale calquée sur celle des
hommes. Autant que les hommes, ils sont doués d'intelligence et responsables
de leurs actes. L'activité des djinns se déroule la nuit et se termine
avant l'aube, lorsque le muezzin appelle à la prière. Les danseurs-possédés
entretiennent tous une relation plus ou moins proche avec un esprit
cité précédemment. Pendant le rite de possession (lila de derdeba),
lorsque le maâlem commence à jouer le thème et la devise d'un génie,
le possédé qui se rattache à cet esprit entrera en transe et s'identifiera
à lui. Cette danse de possession sera souvent effectuée avec des objets
rituels qui révèlent les attributs du génie possesseur: danse avec
des poignards pour Sidi Hammou, le maître des abattoirs, avec un bol
d'eau sur la tête pour Sidi Moussa (Moïse ). Quand le danseur entre
en transe, la voyante le couvre d'un voile de la couleur attribuée
à l'esprit qui le possède, elle brûlera également un encens adapté
à cet esprit.
Les adeptes du culte sont généralement des malades en quête de guérison
et le culte de possession fonctionne comme une cure. Toutefois, la
possession n'est pas qu'exorcisation, la puissance curative n'est
pas la seule dimension du culte. Le rituel des Gnawa consiste en une
sorte "d'initiation dont le point de départ aura été la maladie" car
nombre de possédés restent dans la confrérie et poursuivent l'initiation
une fois l'équilibre retrouvé. Il y a une hiérarchie dans la possession:
du possédé frappé au possédé qui maîtrise l'esprit qui l'a au départ
tourmenté (celui-ci deviendra parfois maâlem ou chef de culte). Le
culte de possession fonctionne pour les Gnawa comme une voie (tarique)
conduisant à découvrir la lumière intérieure. Les pressions extérieures
exercées sur les Gnawa sont aujourd'hui très fortes. Elles viennent
d'une part des fondamentalistes musulmans qui vont tenter de diaboliser
leurs pratiques.
D'autre part, de certains modernistes pour lesquels l'idée d'une communication
directe avec la surnature s'avère incompatible avec une certaine idée
de progrès et de civilisation. Ceux-ci tenteront de folkloriser leurs
pratiques en mettant en valeur simplement la musique et les danses
mais en occultant totalement la finalité des rituels.
De plus en plus de maêlem se dirigent vers des activités strictement
musicales, plus lucratives que les activités traditionnelles, et fortement
demandées au Maroc comme à l'étranger. Toutefois, lors du mois de
chabaâne (avant le ramadan) une foule toujours aussi dense se presse
pour assister aux lila des Gnawa dans de nombreuses villes du Maroc.
3 - Les musiciens et leurs instruments
Les pratiques rituelles.
initiatiques et thérapeutiques des Gnawa sont animées et conduites
par deux types d'intervenants : les maîtres musiciens (maâlem) et
leurs troupes, d'autre part les voyantes thérapeutes. Ils sont les
principaux membres de la confrérie et agiront soit de concert, soit
séparément selon l'activité envisagée.
Les musiciens gnawa se divisent en deux catégories : Les maîtres musiciens
et la troupe qui est sous leur direction. Le maître musicien est appelé
maâlem (plur. : maâlmin), il est le garant du culte et de la tradition
musicale. Au Maroc, ce terme désigne toute personne ayant une maîtrise
ou un savoir-faire dans une activité donnée, qu'elle soit technique
ou intellectuelle. On trouvera des maâlmin, par exemple, dans l'artisanat.
Pour obtenir ce statut, l'apprenti devra être reconnu officiellement
par les membres de sa corporation et par les maâlmin qui l'ont précédé.
L'instrument de musique principal chez les Gnawa qui animent la lila
de derdeba, le rite de possession, se nomme le guembri. Cet instrument
est joué par le maître musicien (le maâlem). Le maâlem est également
le chanteur principal de la troupe. Les autres musiciens de la troupe
jouent les qarqabu, sorte de castagnettes en métal, et exécutent les
danses. Ils sont généralement les disciples du maâlem et aspirent
à devenir maître à leur tour. Ils réalisent également le contre-chant
en répétant en coeur les devises chantées par le maître. Toutefois,
il arrive que le maître jouant le guembri soit trop fatigué pour chanter
et confie cette tâche à un de ses disciples.
Le guembri est un luth tambour à trois cordes et à registre bas. Il
est constitué d'une caisse de résonance et d'un manche en bois. Le
bois utilisé peut être du noyer ou de l'acajou, mais les anciens maîtres
préfèrent le bois de peuplier qui donne une meilleure résonance. La
caisse du guembri mesure soixante centimètres de long, vingt centimètres
de large et quinze de profondeur. Elle est traversée par un manche
d'environ un mètre. Les guembri qui servent à l'apprentissage sont
appelés "aouicha" et sont plus petits. La caisse de résonance du guembri
est recouverte par une peau de dromadaire séchée et tannée. La partie
utilisée est le cou du dromadaire. C'est cette peau qui, frappée par
la main droite du musicien en même temps que les cordes, donnera au
guembri un son de percussion. Le guembri possède trois cordes. Deux
cordes remontent jusqu'en haut du manche, celle du milieu s'arrête
à la moitié du manche, elle est jouée à vide par le maâlem. Les cordes
sont faites à partir des intestins d'un bouc bien gras pour qu'elles
ne cassent pas au moment de la préparation. La confection de chaque
corde du guembri demande un nombre précis d'intestins. Les intestins
servant à fabriquer les cordes viennent toujours d'un animal sacrifié
rituellement selon les usages des Gnawa. Un sistre métallique, la
"sersèra", vient s'encastrer à l'extrémité du manche du guembri, il
est mis en résonance par les mouvements de l'instrument et les vibrations
des cordes.
Les qarqabus, aussi appelés crotales ou qraquech, sont utilisés par
la troupe qui est au service du maâlem. Ce sont deux cupules en fer,
identiques, de treize centimètres de diamètre, reliées par une tige
métallique de neuf centimètres sur trois de large. Le musicien tient
dans chaque main deux de ces claquettes et les entrechoquent. les
parties concaves symétriques se faisant face. Un lacet en cuir de
vache fixe les cupules intérieures par une extrémité perforée. Un
autre lacet, passé par deux trous le long de la tige métallique, permet
de glisser le pouce dans le qarqabu supérieur et les quatre doigts
dans l'autre.
Lors de l'introduction de la partie sacrée du rite de possession,
les Gnawa utilisent deux tambours appelés "tbel". Le tbel est maintenu
sur le coté gauche du musicien, maintenu par une bandoulière et frappé
par deux baguettes dont l'une est courbée et l'autre droite. Le tbel
est utilisé par paire et accompagné de quatre paires de qarqabus