La porte des lunes




Texte inspiré par la tradition sioux-lakota

Merci à Archie Fire Lame Deer et à Wallace Black Elk!


Dans notre tradition occidentale, nous ne devrions pas avoir à parler de la "porte des lunes, si nos mères et nos grands-mères avaient transmis à leurs filles ce que nos ancêtres avaient pratiqué depuis d’infinies générations.

Elles ne sont pas en cause à titre individuel bien-sûr, elles-mêmes n’ont reçu aucune transmission sur le terrain des règles et du changement d’état intérieur induit. Trop souvent les mères disent à leurs filles : " C’est un moment comme les autres" ! A force de l'entendre, malheureusement les filles le croient. Non, ce n'est pas le cas. Dans la tradition sioux lakota, il s'agit d'un moment d'exception où la femme à l'opportunité d'entrer dans l'état de voyante guérisseuse.

Il est beau ce concept de "porte des lunes ". Les Sioux lakota l’emploient et en sont les auteurs. Ils ont à dire que la femme est naturellement voyante et guérisseuse et que ces talents sont à leur maximum lors des " lunes ". Ceci dit, la quelle d’entre vous le croit ? Et pourtant !

Les lunes s’annoncent entre le sixième et le quatrième jour avant, par un grand besoin de solitude, souvent nerveux, quelque fois agressif, toujours chargé émotionnellement. Dans la tradition lakota, c’était le moment où les femmes en âge, laissaient leur famille soit aux femmes âgées, soit carrément aux hommes, et allaient au "tipi des lunes". Là, elles se retrouvaient ensemble ou s’isolaient, selon leur choix.

Puis, de grandes bouffées d’émotions, vers le troisième jour avant, les envahissaient. Avec art, elles se reliaient au monde qui les entoure, se laissaient porter vers "percevoir ", et priaient pour recevoir des rêves ou des visions. C’est le stade critique, car, s’il y a lutte, non-acceptation consciente ou inconsciente, dénis, appréhension ou mépris, elles entraient dans un état planant, semi-cotonneux, la conscience ni dans leur corps physique, ni dans leur corps de perception, dans le magma de leur corps d’émotions, et les subissaient. Alors, le risque de dégâts est important car cet état, souvent, entraîne une efficacité redoutable sur le plan chamanique.

Certaines femmes sont alors comme "inondées", "envahies" de pouvoir. Si malheureusement elles sont dans le subir de cet état, ce pouvoir a de fortes chances d'être manipulé par le magma des forces inconscientes des souffrances enfouies, des terreurs cachées ou des haines secrètes. Alors, il devient destructeur au lieu d'être porteur de vision et de guérison. C’est cet aspect là qui de tous temps est redouté par les hommes ; c’est ce "dérapage " qui leur fait si peur et les a, presque de tous temps, poussés à marginaliser la femme dans la vie sociale.

Avoir le respect de ses lunes, c’est utiliser l’énergie induite par cette bouffée d’émotions pour entrer dans "percevoir ". Les grands-mères des temps jadis, pour les aider à gérer cet état, avaient des respirations spéciales heureusement encore connues, très simples, et certainement plein d’autres astuces que j' ignore.

C’est à partir de ce stade que la porte des lunes s’ouvrait et qu’elles devenaient guérisseuses. Cet état pouvait durer jusqu’à deux jours après la fin des règles, puis s’estompait lentement.

Une coutume intéressante était que ceux qui souhaitaient une guérison, allaient au tipi des lunes et de l’extérieur, imploraient. Une femme s’approchait, et séparés par la peau de bison, le touchait.

La guérison avait lieu.

Archie m'a enseigné un petit rituel simple pour les premières "lunes" des jeunes filles. Il a lieu lors des premières "lunes" et doit être pratiqué par la jeune fille accompagnée de sa mère, et, soit par un homme médecine, soit par une "marraine". Ensemble, ils vont dans un coin de nature, vers un peuplier de préférence, mais une autre espèce peut faire l'affaire. Après l'invoquation aux six directions, faite par l'homme médecine ou la marraine, on donne le tabac à l'arbre, car, lorsque l'on à une demande à faire, la première chose, c'est de donner. Puis, la jeune fille prend le coton imprégné de son premier sang et le place dans le creux d'une fourche de branche en demandant à l'Esprit que sa nuit et son rêve lui donne une vision. Le rituel se termine par un chant de remerciement à l'Esprit.

Oh mita kuyé oyassin !

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