>

Rencontres traditionnelles de Fès
Transes de guérison


Les gnawa guérisseurs de Fès : musicothérapeutes et spécialistes de la transe

Malhem Idriss


Idriss expliquant  Idriss dansant   Idriss dans une soirée de joyeusité



Un changement de vie et un nouveau projet est en train de naître. Dans ses grandes lignes, il s'agit de créer une maison d'hôtes pour présenter le tarot à Fès au Maroc et de relier ses différentes étapes à ce que proposent les cultures traditionnelles, toujours vivantes, des gnawa et soufis.

Lors de mon dernier séjour à Fès, Idriss m'a rencontré. J'étais là bas, en mission de "marabout blanc" (géobiologie, pendule, lecture de la mémoire des lieux, et tout le tintouin ..) pour le compte d'un investisseur paysan. Je n'ai pas du tout aimé le boulôt qu'il m'a fait faire et encore moins la manière dont il m'a fait bosser. Résultat au bout d'une semaine : une tourista carabinée et un ras le bol total. Une journée de repos forcée pour moi, je prends mes quartiers à l'étage discret d'un petit resto de la médina, à portée permanente d'un lieu d'aisance. La serveuse me fait un thé spécial de médecine berbère, verveine et block bien sucré, brûlant, que je bois pour arroser la cuillère à café de cumin qu'il faut consommer pour cette médecine. Pour la soif, c'est le coca.

Vers deux heures, le patron monte avec un gaillard, le luth en bandoulière. Ils s'installent dans le coin du club des fumeurs et le patron me fait signe de venir. Il me présente Idriss, le musicien de son concert du soir.

Dès le premier regard, ça a flashé. Non d'une pipe, un frère! Un roi-mage! Dès le premier coup d'oeil, j'oublie ma diarrhée, il me fait rigoler intérieurement. Le "soleil de l'amour", arcane XVIII. En ouvrant la bouche, le premier truc qu'il me dit : je veux travailler avec toi. Tu fais venir les occidentaux, moi je fais la musique.

Je le regarde surpris, mais pas vraiment, ça faisait un bout de temps que les synchronicités me tourbillonnaient autour, je lui dit : OK mais pas n'importe quels occidentaux. Par la fenêtre passait juste un troupeau de totos, je lui montre et lui dit : pas ceux-là. Il rigole!

Un centre de rencontres culturelles. "Je souhaite faire vivre dignement ma famille, j'ai une femme et un fils". Il fume la pipe, alors, on fume la pipe. La dessus, le patron me dit qu'Idriss est Malhem. Chez les gnawa, le Malhem est celui mène le rythme, lance le chant pendant les Lila, les cérémonies de transe de guérison. C'est le maître de la transe. C'est en général une femme qui fait l'appel aux esprits : les "gnawa", les "djinns".

Je sort mon tarot, et lui présente les arcanes un par un. C'est un rossignol, il chante tout le temps, rythme tout le temps, il sait stopper et écouter. Je sens bien qu'il ne comprend pas tous mes mots, je fais tout mon possible pour que mes mots soient simples, le traducteur fait de son mieux. J'espère avoir été reçu 4 sur 5.

Quand il parle, il fume. Entre deux conversations, deux rythmes, il prenait ses élèves, les écoutait et jouait un peu avec eux pour leur montrer un truc ou un autre. Quatre ont défilés, dont un de 17 ans très talentueux. Il le pousse à aller dans les écoles. Les copains aussi ont défilés. Avant son concert, Idriss faisait salon en ville, le mot avait circulé. Ce fut un bon moment de partage.

Un de ses amis soufi était notre traducteur pendant un temps. Ce monde traditionnel est cerné par le monde acculturé de la pauvreté, par l'islamisme et surtout par le mode de vie des occidentalisés. Il se maintient de plus en plus difficilement. Idriss a 50/55 ans, son ami soufi la même chose, comme moi. Leur comportement est à l'ouverture et à l'échange inter culturel, l'homme du tarot les a intéressés et intrigués. Ils m'ont redonné envie de reprendre des activités d'ateliers collectifs et de cours de tarot.

Fès a vu naître la première Université de Médecine du Magreb vers 1400 avec une spécialité de musicothérapie. Les gnawa de Fès sont les musicothérapeutes issus de ces formations. Il y a deux aspects : la musique de "joyeuseté", pour aider à retrouver le moral et le plaisir de vivre, et la transe de guérison, la Lila. Les bons pratiquent les deux.

Les gnawa de manière générale commencent à avoir mauvaise réputation. C'est justifié par l'ignorance des nouvelles générations. Certains n'ont jamais été plus loin que la "joyeuseté" et sont pris dans le tourbillon des pratiques occidentalisées, d'autres font de la démonstration pour touristes et mendient la "baraka". Heureusement, ceux de ma génération ont été bien éduqués et ont fait leur apprentissage avec de bons maîtres. Il y a quatre principales confréries gnawa, dont celle, spécialisée de Fès. Il y a les gnawa des villes et les gnawa des champs!

Idriss est poseur de zellige de métier. Un homme de la céramique, un mosaïste! En plus il a été formé entre autre par le Malhem de la seule Lila à laquelle j'ai participé en France, en Mayenne imaginez!

J'ai mis mes conditions ou plutôt, exprimé mes souhaits teintés de ras le bol.

1   Chaque occidental qui franchira la porte de ce lieu devra savoir ce qu'il vient y faire.

2   Comme les occidentaux ne sont pas dans leur être comme le sont les orientaux, ils ont besoin de préparation et d'une bonne dose de "joyeuseté" avant de passer aux choses sérieuses.

3   Une transe surveillée et accompagnée avec soin

4   Un temps de suivi de la transe et de mise en mots. (Idriss se marrait!)

J'ai terminé ma tirade en leur disant qu'il y aurait une présence forte du tarot en ce lieu et qu'il y tiendrait sa place, avec ses images, que j'étais OK pour bosser avec eux, mais que pour l'aspect pratique, j'étais artisan comme lui et aussi désargenté et que pour ça, c'était à la baraka qu'il fallait s'adresser. "La Baraka, on la demande tous les jours!". (Au Maroc le mendiant demande l'aumône "pour la Baraka", la chance, les nôtres le faisaient "pour l'amour de Dieu". Les gnawa remercient toujours en disant : la Baraka sur toi!)

Pas celle que tu mendies, celle qui est là haut! (La Baraka, c'est aussi ce que transmet le maître à l'élève, mais c'est aussi l'intervention mystérieuse de l'Esprit).

Idriss m'a demandé mon teeshirt tarot à l'effigie du Bateleur de Noblet pour me faire faire une tenue de cérémonie, on verra ce qu'il en fera.

On s'est quitté bien tard, je lui ai dit que je reviendrai, mais avec de l'argent en poche.

Aujourd'hui, nous avons mis en vente notre maison française et commercerons à mettre en place ce projet dès la vente. A suivre .........!

http://www.etudes-soufies.com/soufisme/livres_shah/cdr-extrait-146.htm



Retourretour aux pages consacrées
aux rencontres
traditionnelles