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Depuis
un bout de temps, je souhaitais me faire initier à la
médecine des Andes et recevoir les enseignements des « Plantas
Maestras », les plantes enseignantes. Cette idée
me trottait dans la tête en "petit vélo" de
manière récurrente. J'étais lassé de la vie que je menais
et fonctionnais en énergie basse. Lassé de tourner en
rond dans une personnalité qui se rigidifiait, s'aigrissait,
fatigué également par la rédaction de mon livre sur le
tarot [1]
et l'édition du jeu de Jean Noblet. Je me
sentais comme dans une tombe [2] et la volonté de sortir de tout ça, doucement se mit
à monter. Une obsession commençait à m'envahir : transformation !
Il me fallait agir.
En psychonaute [3] entraîné, je savais quel médicament prendre.
J'étais en contact avec un curandero de Lima, Don
Agustin [4] dont j'avais publié la biographie sur mon site web et
connaissais donc correctement le travail. Nous avons pris
rendez-vous.
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Le 6 avril,
après 18 heures d'avions et de transits, j'atterrissais au Pérou
à six heures du matin. Dès le lendemain, je reçus la première
initiation à Wachuma. La cérémonie menée par Don Agustin est
courte, j'avais apporté dans mes bagages une tenue blanche qu'à
mon grand regret je n'ai pas eu le temps de mettre. Don Agustin
brûle les feuilles de coca, invoque l'esprit de la plante et
"souffle" le tabac sur mon corps et mon aura. Ma surprise
a été grande, du nord au sud de l'Amérique les cérémonies ont
le même parfum, dégagent la même ambiance, en d'autres termes,
font partie de la même zone culturelle. Quinze années plus tôt
j'avais participé aux cérémonies de hutte de sudation d'Archie
Lame Deer, sioux lakota et il m'avait demandé de les faire en
France pour ma famille et mes proches. Les pratiquant, je peux
dire en connaissance de cause qu'elles sont de la même veine
que celle que je vivais ici. Don Agustin se présente comme un
facilitateur, un ouvreur de portes; il organise et sécurise,
mais n'accompagne pas : il ne prend pas lui-même Wachuma. J'étais
seul devant l'inconnu ! Le grand verre de potion est épouvantable
à avaler. La dose est forte. Don Agustin me tend du miel pour
faire passer l'amertume. Wachuma, le cactus « San Pedro »,
ainsi nommé par les Espagnols de la conquête parce qu'il ouvre
les portes du Paradis (les Andins le surnomment affectueusement
« El Jaguar » ou « El Shaman ».) Lentement
la mescaline fait son effet. Au bout d'une heure je m'allonge
et petit à petit les pensées récurrentes automatiques s'estompent.
Un engourdissement général m'envahit, j'attends avec curiosité
la suite des événements. Aidée par le son de la fontaine que
Sylvia, la compagne d'Agustin, avait mise en route, l'énergie
se met à monter, brouillonne, compulsive, anarchique, réveillant
mes démons intérieurs. A cet instant, j'ai profondément regretté
de ne pas être accompagné par le chant d'Agustin. Dans tout
cet imbroglio d'images, de sensations prégnantes et de vrac
émotionnel innommable, un son conducteur, une voix, un chant
m'aurait été précieux. En guise, il avait mit un CD de musique
new age, si agaçant et mal venu qu'il m'a fallu mobiliser le
peu d'énergie musculaire qu'il me restait pour me traîner à
quatre pattes jusqu'à la chaîne et la faire taire. Aidé
par le seul son de l'eau que vint ensuite toute une avalanche
d'images. D'abord amusantes et colorées, elles se développèrent
en une formidable sensation paradisiaque de plaisir qui m'a
saisi au plus profond des cellules et dont l'intensité fut telle,
que je ne me suis pas senti éjaculer. Je ne l'ai constaté qu'après
coup. Puis, peut-être parce qu'il y avait du bruit et du remue-ménage
dans la maison, peut-être le contre coup de l'éjaculation, j'ai
eu de grandes bouffées de paranoïa, par exemple, je me suis
dit :
"JC, tu t'es foutu dans une merde incroyable, tu sais qu'en
pays étranger tu dois toujours rester sur tes gardes c'est le
b,a ba du voyageur [5] , et te voilà, le lendemain de ton arrivée, à te mettre
minable à plus pouvoir te lever et marcher. Tu as tout ton fric,
ta carte bleue et tout le touti sur toi ou dans ton sac, on
peut tout te prendre et te jeter à poil dans une rue voisine,
tu ne sais même pas où tu es dans un pays dont tu ne parles
pas la langue. Et tatati et tatata…"
J'ai réussi à ne pas me laisser embarquer dans ces conneries
et j'ai fini par arriver à me dire : Inch Allah, c'est trop
tard, soit tu as fait une erreur gravissime et tu dois assumer,
soit tu ne t'es pas trompé et tout se passera bien, tu es en
lieu sécurisé ! Don Agustin était celui en qui j'avais
placé ma confiance, et heureusement, je ne m'étais pas trompé.
Lorsque la mescaline vous bascule dans le cerveau droit, celui
de la magie et de l'instant, il est terriblement difficile,
lors de la première prise, d'arriver à maîtriser le bordel dans
lequel elle vous entraîne. Aymara m'avait prévenu, Wachuma est
un jeune tout-fou.
Heureusement, et je tiens à remercier particulièrement mon amie
Aymara [6]
, elle m'avait dit de faire une diète deux mois avant :
plus de viande rouge, d'alcool, d'épices... Le
conseil était sage et je l'ai appliqué. Bien m'en a pris. J'étais
déjà suffisamment encombré et la mescaline était si forte, que
je ne sais pas trop dans quel état j'aurais basculé avec ces
pollutions en plus. Un des risques est probablement d'entrer
dans une terreur. Wachuma est un formidable outil mais ne convient
pas aux débutants non accompagnés.
Pour sortir de ce bordel auto généré, il faut réussir à maintenir
un court instant le cerveau gauche, celui du temps linéaire,
de la raison et de l'analyse, en fonctionnement conjoint avec
le droit, celui de la magie, de la vision, du temps cyclique,
du saut quantique et de l'instant. Lorsque j'y suis arrivé,
aidé par de grandes respirations et l'Agua de Florida (une eau
de Cologne locale) la paranoïa a disparu. J'étais incapable
d'estimer valablement le temps passé en parano, mais la lutte
fut chaude et longue, Ouf ! J'étais en attention seconde,
en observateur/observant [7]
.
C'est alors que j'ai revu Rastapopulos, le méchant métèque,
le rastaquouère de l'album d'Hergé « Tintin au pays de
l'or noir », album dont je raffolais enfant. Pour les amateurs,
je l'ai revu immédiatement après, plusieurs fois, en marquis
Di Gorgonzola de « Coke en stock », chaque fois dans
une situation qui m'enracinait au plus profond de mes émotions
d'enfant ou de mon passé. Positives ou négatives, j'en faisais
l'adieu. Les situations anciennes, les vécus enfouis/zappés
devenaient des dessins animés aux multiples personnages dans
un scénario d'ambiance gaie et sympathique mais inévitablement
je leur disais adieu et je mourais. Ces scénarii de dessins
animés fonctionnent comme des séries de télévision et par rafales
ils se sont additionnés, toujours sur le même canevas : un printemps
de la situation, gai, très agréable où l'on retrouve la fraîcheur
de notre enfance, puis la saveur de cette situation devenue
mature en son été, et enfin l'hiver où tout se ratatine dans
la vieillesse avec une énergie qui s'épuise, puis l'on fait
ses adieux et on meurt. J'étais avec San Pedro depuis maintenant
plus de six heures, l'effet de la mescaline diminuant, j'ai
pu me lever et rejoindre mon lit avec grandes difficultés. L'effet
se fit sentir encore puissamment pendant deux jours. Le lendemain
j'eus enfin une excellente nuit et mon premier cadeau sous forme
de rêve.
« J'étais dans ma nouvelle maison [8] , celle que je viens d'acheter et dont je finissais les
travaux, et j'examinais le toit des dépendances. Tout à coup,
sous mes yeux ébahis, une partie de la toiture s'effondre entraînant
un bout de mur ! Bof ! Me dis-je, il arrive toujours
un moment où il faut remplacer le vieux par du neuf !
Je fouille du regard mon stock de bois, et je trouve d'excellentes
poutres de récupération en chêne multi centenaire, de quoi faire
une magistrale restauration "dans son jus" de ce bâtiment
ancien, et aussi sec, je commence le chantier bien content que
le merdique de cet endroit se termine. Fin du rêve. »
Wachuma me montrait de manière imagée comment il fonctionnait
et ce qu'il allait faire : démolir le vieux déglingué et usagé
en moi et nous allions reconstruire. A l'aube, Wachuma s'est
encore manifesté alors que j'étais dans l'état incertain où
l'on ne sait pas si l'on dort, si l'on est éveillé ou si l'on
rêve. Brutalement il m'est revenu en mémoire un incident que
j'avais négligé et considéré comme insignifiant, ou plutôt,
sans conséquences. 25 ans plus tôt, alors que j'étais en inspection
d'une micro centrale hydroélectrique, un violent orage s'était
levé, et, pour m'abriter, je m'étais mis sous un porche en dessous
du poste de transformation. C'est alors qu'il y eut un énorme
flash blanc et que j'ai pris pratiquement la foudre sur la tête :
elle avait explosé à un mètre de moi dégagant
22 gigawats électriques en quelques nanosecondes. Mes
cheveux et mes poils se sont dressés comme dans les dessins
animés. En argot français on aurait dit que je m'étais "mis
à briller dans le noir". A mon grand étonnement, il n'y
eut aucun son, seul le puissant mais délicat frou-frou de l'onde
en train de s'éloigner. De ce son, je me souvenais parfaitement,
et souvent j'en avais raconté l'histoire, le reste ne faisait
pas réellement sens. Wachuma m'a donné la vision d'une explication
tout à fait différente : la foudre m'avait réinitialisé !
J'aurais mis tout ce temps à me rendre compte, qu'effectivement,
c'est ce qui s'était passé. Tout en douceur et en glissement
moelleux, j'avais changé de monde. Pour vous donner un exemple
: j'étais passionné par l'énergie de l'eau et comment optimiser
son rendement dans une centrale hydro-électrique. Ma passion
à dater de ce jour m'a glissé à l'oreille : tiens, au fait,
ça marche de la même manière pour l'humain ! Et vlan, je
me suis mis à m'intéresser à lever les barrages de l'énergie
dans le corps et l'âme humaine. Le but était d'en
optimiser la circulation et permettre de se relier en conscience
accrue aux mondes de la magie ordinaire dans les quels nous
baignons ! J'étais devenu, sans m'en apercevoir et sans
m'en rendre compte, un passeur entre les mondes. Pour moi, c'était
faire comme avant, faire exactement la même chose sur un autre
terrain : une optimisation de l'énergie ! Le passage d'un
monde à l'autre avait été d'une telle sérénité que je ne m'étais
aperçu de rien et ne reliais rien ! Je pensais, sans le
moindre doute, que c'étais une évolution normale
dans une vie. Wachuma me faisait voir et constater, malgré 25
ans de retard et d'esprit d'escalier, combien et comment ce
coup de foudre avait réorienté ma vie.
C'est donc encore sous influence que Don Agustin m'emmena faire
7 heures de car pour rejoindre Ica et de là Nasca.
Après l'éboulement d'une berge de rivière au sud de la ville
d'Ica, un Indien a pu pénétrer dans une grotte où étaient conservées,
selon ses dires, plusieurs centaines de milliers de pierres
gravées, de toutes tailles. De nombreuses péripéties ont suivi
et le résultat, c'est ce musée informel d'Ica où nous avons
pénétré.
Sur certaines pierres étaient gravés d'impossibles dessins :
cartes anciennes de la planète datant d'au moins 13000 ans,
opération à cœur ouvert, césarienne, télescope, dinosaures (oui,
vous avez bien lu), machines inconnues, etc, etc. ...
J'ai pu
tripoter autant que j'ai voulu les pierres du Docteur Javier
Cabrera [9]
, aidé par l'acuité de perception que donne la mescaline.
Elles sont bien ce que je pensais : une bibliothèque pour shamans
et l'image de surface de chaque pierre en est le titre. Le contenu
du "livre" est dans la pierre et c'est par psychométrie
(lecture subtile par toucher) que l'on peut en recevoir les
images contenues et les situations décrites.
Le bordel de la minuscule pièce dans laquelle s'entassaient
plus de 11000 pierres de toutes tailles (d'environ 300 kgs pour
les plus grosses à une centaine de grs) et la présence lourde
de la gardienne m'ont perturbé et je n'ai pas réussi sur le
lieu à "entrer" en elles, aussi bien que je l'aurais
souhaité. J'en suis sorti avec une bizarre sensation, pas vraiment
du malaise, plutôt un indéfinissable sentiment sur lequel j'avais
de mal à mettre les mots.
Et nous sommes repartis pour Nasca. L'effet de Wachuma était encore
là, relativement puissant, arrivant par vague de manière courte
et cyclique. Le lendemain matin, juste avant d'atterrir après
le survol des célèbres lignes et glyphes, la même sensation s'est
emparé de moi et ce coup-ci elle était si claire et si intense
que j'ai vu la situation et ai pu la nommer : désespérance !
La réalité, personne n'ose le dire, c'est que cet invraisemblable
amas de lignes qui se coupent et s'entrecoupent, est totalement
incohérent et aléatoire. Elles sont en un lieu complètement désertique
où jamais il ne pleut ni ne vente. Rien de rien. Pour tenter
une explication, avant de venir, j'aurais plutôt été mollement
tenant de la thèse "pré diluvienne", tout en sachant
qu'elle est idiote car le déluge de 10500 BC a effacé toutes
ces sortes de traces. Elles auraient été des indications pour
une aviation qui aurait existé avant le déluge, une sorte de carte
d'orientation destinée à des pilotes d'engins volants leur indiquant
les directions des principales villes et royaumes de la civilisation
qui a précédé la nôtre.
Ce qui est sûr, c'est que ces lignes sont évidemment destinées
à être vues du ciel, et qu'elles n'ont aucune signification et
ne font pas sens depuis le sol. Certaines de ces lignes font plusieurs
kilomètres de long et leur tracé est très léger. La vision que
j'ai eue était particulièrement triste et désespérée. Ce sont
des survivants direct du déluge qui ont créé ces signaux destinés
à être vus du ciel, pour le cas où … où il existât encore,
après un tel ravage, une aviation. Nous sommes là ont-ils voulu
dire. Ici, il y a des vivants ! Ces lignes et ces glyphes
sont un cri, ils sont des larmes ! Les générations se succédant,
ils continuèrent à tracer des lignes, sans plus trop savoir pourquoi,
peut-être pour faire comme les ancêtres ! Pour les pierres d'Ica
nous sommes dans la même situation : une tentative désespérée
de survivants direct pour mettre le plus possible de leur savoir
en réserve pour les générations à venir au cas où … où une
génération à venir dans le lointain du futur puisse les lire et
les comprendre. Ce sont des hommes de la même culture qui ont
fait en même temps ces deux tentatives désespérées de Nasca et
d'Ica.
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A mon grand étonnement, j'ai constaté que les petits métiers de
cette ville étaient organisés en confréries puissantes, les cireurs
de chaussures, les changeurs de monnaie, les loueurs de minutes
au téléphone portable ... Nous étions en situation de corporatisme
comparable à notre Moyen-Âge du temps des fraternités. Ica vivrait-elle
encore au rythme de l'antique quadripartition ?
De retour à Lima, j'ai repris deux fois Wachuma, en doses plus
légères. Les scénarii de dessins animés avec ma mort au bout ont
repris de plus belle. Des centaines et des centaines de situations,
plus de six cents, qui aboutissaient à un adieu et une mort. Wachuma
nous familiarise avec notre mort, ce n'est pas triste, il s'agit
d'une découverte et d'un épuisement des énergies qui nous manipulent
malgré nous. Je me suis vite aperçu que tous ces scénarii puisaient
dans le vaste réservoir de mes comportements automatiques. Ceux-ci
finalement fonctionnaient comme des chevaux de Troie dans un disque
dur informatique et polluaient mon immédiateté instinctuelle de
réaction. Globalement à cette phase des cérémonies, Wachuma était
un excellent anti-virus. Il fait le travail sans douleur et le
processus nous laisse en paix avec nous-mêmes. Cependant, je commençais
sérieusement à en avoir marre de me sentir et me voir mourir au
grès des fantaisies du Shaman, tant et plus que j'en étais gavé.
C'est alors que nous avons fait nos sacs et que nous sommes partis
pour 12 heures d'un car hors d'âge vers le nord : destination
Chavín où à ma grande surprise j'allais rencontrer des péquenots
et le Père « Chin Foin » !
Chavín de Huántar et son temple classé au patrimoine de l'humanité
par l'Unesco est le lieu de la première civilisation unifiée attestée
dans cette région. Elle s'étendait du Pacifique à l'Amazonie,
et de l'Équateur à la Bolivie. Chavín étant à peu près au centre
de cet ensemble. Elle est parfois donnée pour 3200 BC, mais la
plus part du temps pour 1500/1000 BC et finirait vers 200 BC.
Mes visions m'ont montré une civilisation qui existait déjà vers
7500 BC. Où est l'erreur ?
Don Agustin, avait régenté ce voyage de main de maître et ses
contacts étaient de qualité. Ainsi nous rencontrâmes Ignacio,
(nom hispanique, alors que je suis certain qu'il en a un en quetchua),
un des guides officiel du site. Un Indien cultivé, ayant à dire
que le ciel lui avait permis de naître dans un contexte où il
avait eu la chance d'avoir des racines et une identité culturelle.
Ce n'était pas peu dire. Il est indien jusqu'au bout des ongles,
et agence ses mots impeccablement pour des oreilles occidentales.
Il fait le pont entre les deux cultures de manière très habile.
En sorcier exercé, en psychonaute averti, il m'a rapidement fait
basculer en attention seconde, en observateur/observant lors du
début de la visite générale du lieu. Nous étions 4 en file indienne
sur un sentier de prairie, Ignacio le guide, moi derrière, Sylvia
et Don Agustin en arrière, lorsque tout à coup, il s'arrête, s'accroupit
et scrute méticuleusement un je ne sais encore quoi. Une toile
d'araignée ! Elle était en travers du sentier et si nous
avions avancé, elle était bien évidemment détruite. J'étais très
attentif à la situation. L'examen d'Ignacio a été long. Subitement,
avec une adresse et une délicatesse folles il prit un fil de la
toile entre le pouce et l'index de la main droite, je dis bien
un fil et lui a fait faire un arc de cercle de 90°, puis
l'a collé sur une herbe de l'autre côté de la piste. De manière
totalement impossible donc incompréhensible, la toile avait été
déplacée en totalité, libérant ainsi le sentier, l'araignée au
centre n'avait pas bougé !
Gloups !
Ce geste m'a littéralement scotché, me laissant bouche bée !
Il avait créé en moi la béance et m'avait basculé profondément
en conscience accrue !
Don Agustin avait organisé avec Ignacio la cérémonie de manière
à ce que je puisse circuler en toute liberté dans le site du temple
sans être trop dérangé. Vers midi j'ai donc eu une dose forte
et "El Jaguar" s'est remis à circuler avec force dans
mes veines. Le temple possède deux parties : une collective en
agora au soleil et une individuelle en souterrain et petites cellules.
Après avoir fait mon labyrinthe [10] comme j'ai pu et passé le temps nécessaire pour être
imprégné des énergies du lieu, j'ai quitté l'agora carrée. Déjà
en 7500BC la civilisation de Chavín pratiquait la quadripartition [11] , et cette grande place était là pour le démontrer. Passant
les portes, j'ai grimpé vers l'antre du temple. Juste à l'entrée,
il y a une petite place, pour groupe de 50 personnes environ,
ronde cette fois là.
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C'est là qu'il y a cette image du « Shaman ».
Comme il y a une cinquantaine de chambres souterraines,
elle est le lieu de rassemblement des impétrants, la partie
collective du culte à Wachuma dont l'essentiel se déroulera
en solitaire dans l'intimité de la Pachamama, la Terre-Mère.
Deux fois j'ai été me blottir dans ses profondeurs, aussi
près que possible d'une pierre en forme de couteau (le
Lanzon) qui est le point névralgique, le point de concentration
d'énergie du lieu, pour me gaver de la semence de la terre.
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Dans
l'après midi, sur le mamelon au dessus de cette pierre en couteau,
en compagnie d'Ignacio qui me surnomma « los ojos del Jaguar [12] », j'ai eu un exceptionnel moment de grâce, de béatitude
et d'extase en contemplant dans le loin, cent mètres peut-être,
5 ouvriers, des "péquenots" en train de couper de l'herbe
à la faucille. Ils étaient à genoux, coupaient trois poignées,
puis examinaient soigneusement chaque brin, je dis bien chaque
brin, pour être sûr qu'il n'y ait pas de bestiole et remplissaient
lentement une brouette placée derrière eux.
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S'ils
rencontraient un insecte, m'expliqua-t-il, ils le prenaient
soigneusement lui expliquaient qu'ils allaient le changer
d'univers et le plaçaient plus loin. A un moment, les
cloches ont sonné, lentement ils se sont levés, ont respectueusement
enlevé leurs couvre-chefs, courbé la tête. Je me serais
cru dans l' « Angélus », le célèbre tableau
de Millet ! De sa voix, Ignacio m'avait parfaitement guidé
vers ce pur moment de grâce et de bonheur total.
Merci encore à toi ami !
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San Pedro m'avait ouvert
les portes du Paradis !
En redescendant vers le village, je n'étais plus visiteur au Pérou,
mais ethnologue dans un monde disparu. Autour de moi, une gentille
animation d'humains aux allures de gnomes ou de trolls : deux
femmes naines en haut de forme et jupes courtes, un nain tordu,
trois minuscules filles d'une pure beauté à la Cendrillon avec
un regard de braise, quelques chiens, des moutons et leur berger,
deux pipelettes genre fée Carabosse et plus encore… . Incroyable,
tout ce petit monde communiquait, et moi j'entendais. J'étais
fusionnel avec eux et les écoutais parler la langue directe, la
langue des oiseaux. Les animaux eux-mêmes participaient et tout
ce petit monde se comprenait ! A ma grande surprise, je me
suis vu pratiquer "l'art goth", cet état d'esprit où
la télépathie, la blague, les histoires, les légendes, l'humour
et le gloups par le rire sont fondements de culture !
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Le
peu d'images qui nous restent à Chavín, sont à aborder
avec « les yeux du Jaguar », c'est à dire
sous Wachuma avec le cerveau droit ! Et là, vous
hallucinez, ce ne sont que des rigolards, le « Père
Chin Foin » (à droite) en tête ! Ce temple est
un haut lieu d'initiation par le plaisir et le rire,
en état de conscience accrue.
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Quant au shaman, regardez le avec l'oeil intérieur !
Il est sous Wachuma, complètement explosé avec son oeil
exorbité, son nez et sa bouche de travers. Ses mèches
de cheveux sous forme de serpents en vrac, remuent. Il
grimace comme un clown, la fumée se dégage de son crâne,
il pète le feu, il est complètement déjanté, et il rigole !
Cet état de surprise m'emmena au point source de notre
civilisation protohistorique, dans le creuset alchimique
de notre spiritualité européenne. Ici je pouvais dire
: c'est la terre des ancêtres ! J'y ai refait le
lien avec leurs âmes, physiquement !
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Tout à coup,
j'eus l'éclatante sensation de me brancher sur un fleuve, une
centrale d'énergie universelle. C'était comme si au dessus de
moi, je ne connaissais que les limites du gris d'un ciel nuageux
et que subitement dans un déchirement j'étais projeté dans une
nuit pure en plein milieu de la voie lactée.
Tout me disait que le fil d'Ariane de mon ADN commençait ici et
me reliait aux ailleurs inconnus. Philosophiquement et pratiquement
l'occident se croit toujours et encore sous le régime d'avant
Galilée : des élites orgueilleuses, phares de l'humanité
et le reste de l'univers qui n'est que satellite à tourner autour
d'eux où à la botte. En moi à cet instant, ces reliquats génétiques
d'héliocentrisme et d'attitudes de centre du monde sont réduites
en pièces par El Jaguar, m'ouvrant à l'immensité et me faisant
participer au chant du monde.
Mais Wachuma est un tout-fou ! A la tombée du jour, des paranos
sont revenues et un froid glacial m'a saisi. J'ai été me terrer
dans ma chambre d'hôtel sous une pile de couvertures avec ma peur
du cancer aux tripes.
Cette nuit là, mon premier rêve fut le suivant : « J'étais
dans ma propriété, une sorte de village privé un peu comme les
organisent les Hollandais ou les Anglais en Dordogne, et j'examinais
une maison pour la faire habiter. Je venais vérifier et tester
la liaison Internet. Quelle ne fut pas ma surprise en grimpant
l'escalier du premier étage, de constater qu'il n'y avait plus
de murs, plus de toit et qu'on voyait le ciel ! J'étais bouche
bée pendant qu'une voix me disait : essaye, plus rien ne te gênera
pour envoyer un mail à Florence... . Fin du rêve. »
La nuit se poursuivit par une vision en rêve où la malédiction
occidentale et son inflation d'orgueil pouvaient cesser maintenant
que j'avais "mis les doigts dans la prise". Nous autres
occidentaux sommes les fils de Quetzalcóatl, j'étais à son point
de départ, là où probablement il a mené sa dernière cérémonie
avec « El Jaguar » avant de partir avec son peuple vers
l'Europe. Je refermais la boucle des interrogations sur nos origines.
Spirituellement, nous nous rebranchions sur le cycle d'éternité
de la connaissance. En fils prodigues, nous retournions à
la source générale. A cet instant, comme aurait
pu le dire Solon à Platon, nous avons cessé d'être des enfants
sans Histoire, nous pouvions entrer dans le monde adulte des sages,
capables d'enfoncer intimement leurs racines au plus profond de
la mémoire du monde, et à se laisser ré irriguer de cette sève !
La prise en commun de Wachuma crée une représentation du monde
unique dont cette civilisation de Chavín est la matérialisation.
Elle est une tentative de maintenir cette vision issue du cerveau
du rêve dans le monde du quotidien et du cerveau rationnel.
Monde duel, interférence permanente du yin et du yang, rien n'est
fixe, tout est mouvant relié par la magie de l'instant.
La nuit continua de me donner son lot de rêves. Cette fois-ci,
j'étais avec le Père Chin Foin qui me disait : « Bienvenue
au Club International de Chavín, toutes les langues du monde ont
leur langue des oiseaux. L'art goth est l'art d'être et de se
connecter avec la vie à 50% cerveau gauche + 50% cerveau droit.
Tu es dans le pays de Ma Mère l'Oie, regarde, oiseau commence
par Oie. Nous sommes la religion originelle, alors, au boulot
JC ! J'accomplissais ce voyage avec d'excellentes motivations
parfaitement égoïstes, justifiées pour moi, et je me retrouvais
avec une mission concernant l'ancienne religion sur les bras !
En râlant, j'ai répondu au Père Chin Foin que sans recevoir ou
réactiver tout une liste longue comme le bras de pouvoirs mystiques
genre Superman, ce n'était même pas la peine de lever le petit
doigt, l'échec était garanti sur facture. Fin du rêve. »
L'ancienne religion me collait à la peau, j'avais l'intime sensation
d'être au centre d'une problématique dont le renouveau de la spiritualité
occidentale était l'enjeu principal.
Dès le potron-minet du lendemain matin, Don Agustin me fait entreprendre
une virée touristique en un lieu nommé Huari. Détestant à cette
époque de ma vie les grimpettes en montagne, j'ai dû prendre mon
courage à deux mains pour deux heures de marche forcée et alors
mes deux pieds ont attaqués ferme une jolie pente montant vers
les 4000/4500 m. Tout ces efforts pour admirer une magnifique
cascade ferrugineuse.
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Au retour, c'est donc sous l'effet récurrent de Wachuma, de la
fatigue, du manque d'oxygène et du souffle court que je me suis
affalé à l'avant du taxi, regardant droit devant pour ne pas voir
les précipices bordant les lacets chaotiques de cette descente
vertigineuse. Comme souvent, le taxi s'arrête. Mollement attentif,
j'ouvre les yeux, et à nouveau :
Gloups ! : J'hallucine et j'entre en conscience
accrue !
Devant moi, une vieille pygmée indienne ratatinée de 1,30/1,40
m en vêtements multicolores flashis, le haut de forme sur la tête,
était entourée de moutons. Elle portait sous le coude gauche l'anse
d'un panier plein de laine, tenait dans la main gauche une quenouille,
et de la droite, elle filait son écheveau. Brutalement cette scène
pastorale d'un monde disparu m'a fait entrer dans la vision du
"pays de ma mère l'oie", j'étais avec la bergère issue
du "petit peuple". Pour la seconde fois, j'entrais en
art goth, elle me regarda dans les yeux et nous communiquâmes
du fond de nos âmes. Elle se mit à s'esclaffer en me disant que
nous étions les fils de Quetzalcóatl et qu'il était donc normal
que notre extrême arrière grand-mère soit une « amerloque ».
Cet argot m'a sidéré, je l'ai regardée ébahi, elle a éclaté de
rire ! Elle me regardait toujours et rajouta : "dans la montagne,
les conteurs et conteuses du corpus de Ma Mère l'Oie existent
encore ainsi que les enseignants de la langue des oisons, tu pourras
les rencontrer."
Le taxi est passé, j'étais remué jusqu'aux tréfonds avec l'incroyable
sensation que le "pays de ma mère l'oie" existait pour
de vrai et la Reine Pédauque aussi ! Bien sûr, dans une dimension
non ordinaire de la conscience, mais une dimension accessible
avec l'aide du Jaguar. L'idée et le désir de faire un film de
cette histoire et de ce petit monde m'envahirent.
Comme l'hiver approchait, certains cols de haute altitude étaient
déjà fermés. Don Agustin voulut tout de même nous faire traverser
la Cordillère blanche, et nous avons dû faire un grand détour
par des chemins innommables pour enfin atteindre un col à plus
de 6000m d'altitude et basculer vers le versant de la forêt amazonienne,
direction : les bains chauds incas.

Don Agustin
s'est révélé être un excellent facilitateur, et avait organisé
le voyage un peu comme je le faisais autrefois en forêt de Brocéliande
avec mes visiteurs : un mélange de lieux sacrés et de lieux
touristiques ou ordinaires, des kilomètres de route et de la
poussière pour fatiguer le corps et user les ronrons du cerveau
gauche. Les cérémonies allaient reprendre avec une formidable
alliée : la source médecine de Baños.
Deux cérémonies se sont succédé en délai court d'un jour et
avec des doses moyennes. Prise vers 13h, déjeuner léger, arrivée
vers 16h aux bains, retour aux environs de 20h. L'eau chaude
(38/40°) est sulfureuse. Elle vous ramollit en moins de deux
et vous installe rapidement en hypnose éricksonnienne, état
sophronique, méditation profonde, attention fluide, en d'autres
termes : rêvasserie flâneuse !

Je commençais à avoir l'habitude du Shaman, et voici les conclusions
de ce qu'à ce moment je percevais. Il s'était agià chaque fois
d'une montée plus ou moins aboutie d'énergie, plus ou moins
dispersée dans la génitalité, la paranoïa, ou si elle avait
fonctionné à peu près correctement, dans l'extase, le tout pouvant
être mélangé dans une soupe dont le sens ne m'était pas toujours
clair.
1.
Le Shaman nécessite environ 2h/2h30 pour commencer son effet et
celui-ci se fera sentir au moins 6 heures en continu avec forte
intensité, puis, de manière inopinée pendant encore 24 à 48h.
2. La
respiration est très importante, il faut qu'elle soit rapide,
profonde et ample. Inspiration par le nez et expiration par la
bouche. La distanciation est à ce prix.
3. Il
faut faire une demande et une seule et rester fixé dessus pendant
la première phase de montée de kundalini. Il ne faut pas embrouiller
le Shaman, il est déjà assez tout fou comme ça.
4. Dans
la seconde phase, il est possible de changer d'objectif, mais
le mieux est de le laisser faire.
Pour cette première cérémonie en eau chaude, j'avais demandé à
la plante de retirer la haine que je pouvais avoir dans le cœur.
Lorsque que je suis devenu tout sensation et que le vide s'est
fait, je me suis vu m'ouvrir la poitrine et m'arracher le cœur
avec l'aide du Shaman et l'offrir au dieu du Soleil pour qu'il
souffle dessus afin de le purifier. La sensation a été extrêmement
libératrice et fut accompagnée d'un soulagement physique immédiat
comme si une charge quittait mon corps.
Le jeune tout-fou continua son cinéma une partie de la nuit, avec
cette fois une sensualité, une luxure et un érotisme ébouriffants
dans des scénarios dont les décors et l'environnement rappelaient
Luis de Funès et Yves Montand dans « La folie des grandeurs ».
Dans mes visions, il y eut entre autres beaucoup d'excellentes
recettes de cuisine comme dans le film « Vatel », le
cuisinier de Louis XIV. Je les ai toutes oubliées et ai la flemme
d'aller les rechercher. Tant pis pour les gastronomes !
Quant à la cérémonie suivante, je n'avais pas de demande particulière.
Lorsque le Shaman m'a pris, je me suis vu sanguinolent, senti
écorché vif, et ma peau offerte au dieu de l'eau pour qu'il la
nettoie. Dans ma vision, il a remplacé des filaments rouges et
noirs à l'intérieur de mon corps par des blancs et or.
Sans le savoir, je revivais ce que l'imagerie sacrificielle de
ces régions représentait abondamment. Ce que nos savants archéologues
interprétaient comme des cérémonies de prêtres sanguinaires étaient
en réalité une simple métaphore d'un processus cathartique.
La nuit suivante me donna un rêve étrange. « J'étais avec
un groupe de djihadistes dans un pays musulman inconnu. Avec eux,
mais étranger. C'était le soir, j'étais couché. Un des hommes
présents, s'approcha et tira de sous mon corps une épée en Z,
toujours dans son fourreau. Il la lève au dessus de sa tête avec
respect et dit : c'est la plus belle épée de l'Islam ! Fin
du rêve. »
A nouveau un mini bus hors d'âge et les interminables chemins
poussiéreux vers Huanuco avant de descendre vers la jungle de
Tingo Maria et son antique grotte pour une initiation à la terre.
A la sortie, l'orifice de la caverne était étrangement semblable
à la mandorle de la carte numéro 21 du tarot : le monde.
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Le voyage se terminait, les cérémonies de Wachuma aussi. J'étais
perplexe, car après cette bonne dizaine de prises, je sentais
bien que cette médecine était opérative et efficiente, mais aussi
que je n'étais pas au bout de mon souhait, et que la transformation
que j'appelais de tous mes vœux me semblait encore loin dans l'espace
intersidéral.
Ayant encore une semaine à passer au Pérou, je décidai de prendre
l'avion pour le Cusco. Comme je luie avais demandé de me mettre
en contact avec un Indien connaissant Wachuma et Ayahuasca, Agustin
m'avait recommandé un guide et quelle ne fut pas ma surprise de
me trouver à l'aéroport en face d'un tout jeune homme de 23 ans
: Julian.
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Merde
me dis-je, un gamin, mes plans vont foirer !
En plus, il parlait l'anglais comme une vache espagnole
et au Pérou, ce n'est pas peu dire. Malgré ces obstacles
nous réussîmes à nous comprendre et il me présenta à Jessica,
son ex belle sœur, une ayahuasquera occidentale qui tout
de suite me plut. Nous prîmes rendez-vous. Sachant que
ces médecines ne sont réellement efficaces que dans la
répétition (addition), j'avais décidé de participer au
maximum de cérémonies d'Ayahuasca possibles dans le temps
qui m'était imparti. J'étais arrivé le 30 avril et la
première cérémonie était prévue pour le 2 mai. L'espace
de temps entre Wachuma et Ayahuasca fut de 3 jours que
j'utilisais pour visiter la dite "forteresse"
sur les hauteurs du Cuzco et bien sûr Machu Picchu.
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la "forteresse"
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Inutile
d'installer des blocs pareils pour résister à
des arcs, des flèches, des frondes et des lances !
Cette forteresse n'est fortifiée que d'un côté.
La pointe des zigzags est orientée en "brise-lames"
à l'est. Le tout est installé en autobloquant
totalement antisismique. Tout bien comme y faut pour résister
à la vague du déluge.
3800 mètres d'altitude, encerclée par un cirque
de montagnes de plus de 5000 mètres, la "forteresse"
est prédiluvienne et a été prévue
pour résister aux reliquats de la vague principale de
4000 mètres du déluge de 10500BC. Reliquat qui
devait tout de même être un tsunami d'une vingtaine
de mètres de haut et de millions de millions de mètres
cubes ayant certainement noyé toute la basse vallée !

Mes pieds
foulaient l'ilot de terre de la survivance, le lieu sacré
des ancêtres, berceau dont d'immenses civilisations allaient
renaître. Pour moi, le cycle de la mémoire du monde
commençait et se terminait ici.
J'eus un autre cadeau lors de ma visite au Machu Pichu :
ce magnifique "miroir inca" et Julian à qui
j'ai pu expliquer (tant bien que mal) l'usage qu'en faisaient,
au moins à une époque, les fils du soleil. (voir
à ce sujet le site consacré au phosphénisme)
Connaissant à peu près mon programme, don Agustin m'avait équipé
en potion magique avec l'idée que j'aille au Machu Pichu en
compagnie du Shaman. Je n'avais pas plutôt ouvert la bouteille
qu'une incompressible nausée m'envahit. Je n'en avais pas eu
jusque là, et je fus surpris. En refermant le flacon, une vision
et une certitude montèrent.
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En
sortant de la grotte de Tingo Maria mon cerveau analytique
avait vu une mandorle et m'avait renvoyé au tarot, le
Shaman encore une fois me donnait une explication différente :
j'avais été conçu une nouvelle fois par la Pachamama et
j'étais sorti par son vagin, lui m'avait seulement accouché.
San Pedro avait été la sage femme !
L'idée du Shaman en infirmière de maternité m'a fait rigoler.
Son cycle médecine se terminait symboliquement sur une
naissance. Que demander de plus ?
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C'est donc
après un break de 3/4 jours que j'allai retrouver une autre
plante enseignante : Ayahuasca.
J'avais déjà participé à une cérémonie en France avant son interdiction,
et savais donc à peu près ce à quoi je devais m'attendre. Aymara
m'avait dit : le Shaman est un jeune tout fou, ce qui s'est
avéré tout à fait exact, et Ayahuasca une mère tendre et douce.
Je n'irais peut-être pas jusqu'à dire ça. Ce que j'avais expérimenté,
était une longue attente avec les sens de plus en plus exacerbés
quand soudainement, avec le chant, la plante m'avait pris et
emmené dans une puissante vision très courte d'une phase occultée
de ma naissance. Après qu'elle m'avait délivré son message,
j'avais vomi la plante. L'effet avait rapidement diminué et
je m'étais endormi.
Au retour de ce site extraordinaire ou, comme les péruviens
aiment à le rappeler, une des merveilles du monde, j'avais rendez-vous
pour la première cérémonie de ce nouveau cycle.
Jessica, mon introductrice, pratique localement en thérapeute
et fait ses cérémonies pour les gens du Cusco. Dans notre discussion
préalable, j'avais évoqué une expérience de montée d'énergie
alors que j'avais 33 ans. Ah ! me dit-elle, c'est mon âge.
Jeune, sympathique, polyglotte, elle allait de plus s'avérer
compétente.
Pour la cérémonie, nous étions quatre, plus elle et je suis
arrivé vers 20h. Elle nous a fait signer la traditionnelle décharge
de responsabilité et après les questions d'usage, la cérémonie
a débuté. Son chant est beau, très doux, fait
d'onomatopées il appelle les esprits de la plante. Puis, quand
le moment est venu, elle nous la donne à boire, le goût est
horrible, mais c'est sans importance. Elle aussi prend la plante,
elle est une curandera qui accompagne. Elle vomira la plante
assez vite et s'occupera de nous. Dans quelque temps, nous savons
que ce sera notre tour. Nous rendrons la plante après qu'elle
nous eut fait entrer dans la vision, guidée par nos nécessités
personnelles et le chant de Jessica. Celle-ci termine par moi.
Depuis un bout de temps déjà, je baille, je baille et je baille
: je suis devenu une machine à bâillements. Son chant est prenant,
mais je ne suis pas vraiment dedans. Toujours en dehors, le
mental est encore là, flottant. C'est un peu long et elle est
d'une patience infinie. Tout à coup, mon corps entre en puissantes
vibrations et crac, je rentre dans une vision de dessins géométriques
colorés. Le lendemain Jessica me dira que c'est le niveau de
la vision cellulaire, celle de l'ADN, et elle me donnera un
bracelet de perles représentant cette vision.

Puis avec
une force considérable, je me sens ouvert en deux dans le sens
de la hauteur, de bas en haut, comme par un grand coup d'épée.
Brutalement, je me retrouve dans le ventre d'un animal, un serpent.
Il a la gueule grande ouverte en direction du ciel et les crocs
suffisamment éloignés pour laisser le passage libre. Avec une
puissance dont je n'avais pas l'expérience, l'énergie
explose. Je suis comme enflammé en totalité et emmené, embarqué,
transformé en roquette, en fusée qui grimpe à toute vitesse
vers le ciel. Je traverse un secteur d'espace violet avec de
petites zones jaunes et pixels multicolores et arrive dans une
zone où j'explose en lumière blanche, dans la lumière blanche.
La conscience accrue est là, je suis distancié, en observateur/observant.
Ce blanc m'envahit en un flash puis aussi soudainement, tout
cesse.
Je me retrouve dans mon corps, hébété, je mets la main sous
moi : c'est mouillé, je constate qu'effectivement, tout s'est
ouvert, y compris le sphincter anal. Jessica continue de chanter,
mais moi, trempé de ma merde, j'ai la bloque et resserre les
fesses ne laissant aucune chance à l'énergie de monter une fois
encore. Impossible de dormir, j'attends le jour pour aller me
laver. J'avais rendu la plante, mais pas par la sortie habituelle !
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Dans
ma vie j'avais déjà eu deux montées d'énergie de cette
nature, une à deux ans et une à 36 ans, mais jamais avec
une pareille intensité. Elles m'avaient profondément modifié
et la seconde m'avait ouvert les portes de l'entre deux
mondes et m'y avait installé dans un fonctionnement
fluide. Cependant, leur intensité n'avait pas été suffisante
pour me transformer en totalité, et j'avais dû me contenter
du minimum syndical. J'avais fait avec, conscient de mes
limitations, et conservé une configuration d' "humain
trop humain" parfois complètement nul. J'avais fait
le voyage du Pérou en désespoir de cause, avec l'immense
désir de sortir de la tombe dans la quelle je me sentais
enfoui. Wachuma m'avait donné des visions et relié à l'immense
lignée des ancêtres. Il m'avait ouvert la porte de nos
vieilles traditions, depuis le corpus des contes de ma
"Mère l'Oie" jusqu'à la langue des oiseaux,
mais pas arraché du cercueil. C'est Ayahuasca et le chant
de Jessica qui l'ont fait.
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Deux
jours plus tard, nouvelle cérémonie. Un peu inquiet, j'avais acheté
des couches culottes pour adulte ! Rien ne se passe comme
la première fois. Très vite après la prise de la plante, j'ai
de grosses bouffées de chaleur, une interminable série de puissants
bâillements et des respirations profondes et accélérées. En attendant
Jessica, je suis allongé. Ce fut certainement une erreur, mon
corps n'était pas libre totalement de se comporter comme il souhaitait
et de gérer la situation. J'aurais dû me mettre assis. Les chants
que Jessica adresse à mes co-cérémoniaux me dérangent beaucoup,
je les suis et ils ne me mènent nulle part. Le temps passe, les
bâillements diminuent, les respirations profondes aussi. Le moment
de la montée d'énergie passe lui aussi. Enfin Jessica arrive,
je me redresse, elle chante, c'est trop tard, le moment est passé.
Elle n'arrive pas à me remettre à la terre, c'est fini, elle renonce
et je reste avec la plante. Et la plante me parle, me parle, Dieu
qu'elle est bavarde ! C'est la raison de ce texte. Elle me
dit que je suis un cas d'école, comme je l'avais été pour le tarot
et que la manière dont elle a fonctionné avec moi est un archétype
de son fonctionnement. Elle insiste beaucoup dessus. Voici donc
l'enseignement qu'elle m'a demandé de transmettre :
Les bâillements sont le signe que la plante ne va pas agir
sur le plan des émotions, mais sur celui de l'énergie. C'est une
montée de la kundalini à laquelle ils préparent. Ils fonctionnent
comme une pompe et au fur et à mesure, accumulent l'énergie qui
sera brutalement dégagée par la plante. Ils annoncent que c'est
probablement la porte de la maîtrise qui va s'ouvrir, mais aussi
que l'évacuation ne se fera pas par le vomissement, mais beaucoup
plus certainement par le sphincter.
A la suite de cette deuxième cérémonie, j'ai lâché trois ou quatre
litres, la plante m'a littéralement vidé les tripes et nettoyé
de ma merde.
Pendant le court débriefing qu'elle m'accorda, je dis à Jessica
qu'il était très important qu'elle fasse attention aux bâillements.
Ils sont le signe d'une montée d'énergie et à la clé il y a pour
la personne une possibilité d'entrer dans la maîtrise. L'expérience
de la lumière blanche en est la porte. Je lui dis aussi qu'il
est plus important d'aider à l'accouchement d'un maître que de
torcher le cul d'un apprenti. Ce langage direct ne lui a pas plu,
égalitariste elle a refusé de l'entendre. Il est fort probable
qu'elle ne voudra pas porter d'attention particulière aux fonctionnements
de la montée d'énergie, jusqu'au moment où ce sera son tour et
que la plante ne voudra plus qu'elle la vomisse, la laissant dans
sa chiasse avec ses clients. Je lui souhaite d'avoir le courage
d'aller revoir ses maîtres, de leur poser la question de la montée
complète d'énergie et de leur demander de mener pour elle les
cérémonies jusqu'à cet accomplissement.
Il est fort plausible que jamais nous ne nous reverrons, alors,
grand merci encore Jessica pour tes cérémonies et ton bracelet.
Bon vent dans les voiles et n'oublie pas d'acheter un pot de chambre !
Quatre mois ont passé depuis mon retour. La mémoire de toutes
ces cérémonies est intacte. Les plantes enseignantes travaillent
encore en moi, elles continuent de me modifier, parfois en saut
quantique, parfois dans une lenteur désespérante. Je reste flottant
et n'ai toujours pas la sensation d'avoir atterri. Ayant vécu
ces enseignements par les plantes, j'ai appris à les aimer. C'est
ainsi que j'ai décidé de jardiner et de cultiver quelques « simples »,
mon souhait étant de pratiquer, ici en Europe, une médecine enthéogène.
Ma forme générale est ébouriffante, jamais depuis dix ou quinze
ans je ne m'étais senti aussi bien, je suis opérationnel pour
une nouvelle tranche de vie pleine et riche.
En rédigeant ce texte, par curiosité, j'ai surfé sur le web. Hormis
quelques rares liens intéressants, quelle horreur, des
commentaires de jeunes psychonautes inexpérimentés et/ou d'orientation
ludique absolument incompréhensibles. Des analyses de journalistes
hypocrites n'ayant jamais pris aucune de ces plantes et osant
tout de même en parler ne faisant qu'exposer leur pauvreté
d'âme. Résultat : un grand vide intersidéral
incapable de nourrir une âme avide. La médecine des plantes enseignantes
reste une des rares médecines traditionnelles qui nous soit accessible.
Elle est à la racine de notre culture, que pouvons-nous souhaiter
de mieux ?
Merci à toutes et tous, o mitakuyé oyassin !
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