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compteur installé le 30 août 2008


Cinq semaines d'initiation aux plantes enseignantes :
Wachuma et Ayahuasca


Une actualisation du chamanisme andin à destination du psychonaute occidental



cactus wachuma

Depuis un bout de temps, je souhaitais me faire initier à la médecine des Andes et recevoir les enseignements des « Plantas Maestrias », les plantes enseignantes. Cette idée me trottait dans la tête en "petit vélo" de manière récurrente. J'étais lassé de la vie que je menais et fonctionnais en énergie basse. Lassé de tourner en rond dans une personnalité qui se rigidifiait, s'aigrissait, fatigué également par la rédaction de mon livre sur le tarot [1] et l'édition du jeu de Jean Noblet. Je me sentais comme dans une tombe [2] et la volonté de sortir de tout ça, doucement se mit à monter. Une obsession commençait à m'envahir : transformation ! Il me fallait agir.

En psychonaute [3], je savais quel médicament prendre. J'étais en contact avec un curandero de Lima, Don Agustin [4] dont j'avais publié la biographie sur mon site web et connaissais donc correctement le travail. Nous avons pris rendez-vous.

Le 6 avril, après 18 heures d'avions et de transits, j'atterrissais au Pérou à six heures du matin. Dès le lendemain, je reçus la première initiation à Wachuma. La cérémonie menée par Don Agustin est courte, j'avais apporté dans mes bagages une tenue blanche qu'à mon grand regret je n'ai pas eu le temps de mettre. Don Agustin brûle les feuilles de coca, invoque l'esprit de la plante et "souffle" le tabac sur mon corps et mon aura. Ma surprise a été grande, du nord au sud de l'Amérique les cérémonies ont le même parfum, dégagent la même ambiance, en d'autres termes, font partie de la même zone culturelle. Quinze années plus tôt j'avais participé aux cérémonies de hutte de sudation d'Archie Lame Deer, sioux lakota et il m'avait demandé de les faire en France pour ma famille et mes proches. Les pratiquant, je peux dire en connaissance de cause qu'elles sont de la même veine que celle que je vivais ici. Don Agustin se présente comme un facilitateur, un ouvreur de portes; il organise et sécurise, mais n'accompagne pas : il ne prend pas lui-même Wachuma. J'étais seul devant l'inconnu ! Le grand verre de potion est épouvantable à avaler. La dose est forte. Don Agustin me tend du miel pour faire passer l'amertume. Wachuma, le cactus « San Pedro », ainsi nommé par les Espagnols de la conquête parce qu'il ouvre les portes du Paradis (les Andins le surnomment affectueusement « El Jaguar » ou « El Shaman ».) Lentement la mescaline fait son effet. Au bout d'une heure je m'allonge et petit à petit les pensées récurrentes automatiques s'estompent. Un engourdissement général m'envahit, j'attends avec curiosité la suite des événements. Aidée par le son de la fontaine que Sylvia, la compagne d'Agustin, avait mise en route, l'énergie se met à monter, brouillonne, compulsive, anarchique, réveillant mes démons intérieurs. A cet instant, j'ai profondément regretté de ne pas être accompagné par le chant d'Agustin. Dans tout cet imbroglio d'images, de sensations prégnantes et de vrac émotionnel innommable, un son conducteur, une voix, un chant m'aurait été précieux. En guise, il avait mit un CD de musique new age, si agaçant et mal venu qu'il m'a fallu mobiliser le peu d'énergie musculaire qu'il me restait pour me traîner à quatre pattes jusqu'à la chaîne et la faire taire. Aidé par le seul son de l'eau que vint ensuite toute une avalanche d'images. D'abord amusantes et colorées, elles se développèrent en une formidable sensation paradisiaque de plaisir qui m'a saisi au plus profond des cellules et dont l'intensité fut telle, que je ne me suis pas senti éjaculer. Je ne l'ai constaté qu'après coup. Puis, peut-être parce qu'il y avait du bruit et du remue-ménage dans la maison, peut-être le contre coup de l'éjaculation, j'ai eu de grandes bouffées de paranoïa, par exemple, je me suis dit :

"JC, tu t'es foutu dans une merde incroyable, tu sais qu'en pays étranger tu dois toujours rester sur tes gardes c'est le b,a  ba du voyageur [5] , et te voilà, le lendemain de ton arrivée, à te mettre minable à plus pouvoir te lever et marcher. Tu as tout ton fric, ta carte bleue et tout le touti sur toi ou dans ton sac, on peut tout te prendre et te jeter à poil dans une rue voisine, tu ne sais même pas où tu es dans un pays dont tu ne parles pas la langue. Et tatati et tatata…"

J'ai réussi à ne pas me laisser embarquer dans ces conneries et j'ai fini par arriver à me dire : Inch Allah, c'est trop tard, soit tu as fait une erreur gravissime et tu dois assumer, soit tu ne t'es pas trompé et tout se passera bien, tu es en lieu sécurisé ! Don Agustin était celui en qui j'avais placé ma confiance, et heureusement, je ne m'étais pas trompé.

Lorsque la mescaline vous bascule dans le cerveau droit, celui de la magie et de l'instant, il est terriblement difficile, lors de la première prise, d'arriver à maîtriser le bordel dans lequel elle vous entraîne. Aymara m'avait prévenu, Wachuma est un jeune tout-fou.

Heureusement, et je tiens à remercier particulièrement mon amie Aymara [6] , elle m'avait dit de faire une diète deux mois avant : plus de viande rouge, d'alcool, d'épices...
Le conseil était sage et je l'ai appliqué. Bien m'en a pris. J'étais déjà suffisamment encombré et la mescaline était si forte, que je ne sais pas trop dans quel état j'aurais basculé avec ces pollutions en plus. Un des risques est probablement d'entrer dans une terreur. Wachuma est un formidable outil mais ne convient pas aux débutants non accompagnés.

Pour sortir de ce bordel auto généré, il faut réussir à maintenir un court instant le cerveau gauche, celui du temps linéaire, de la raison et de l'analyse, en fonctionnement conjoint avec le droit, celui de la magie, de la vision, du temps cyclique, du saut quantique et de l'instant. Lorsque j'y suis arrivé, aidé par de grandes respirations et l'Agua de Florida (une eau de Cologne locale) la paranoïa a disparu. J'étais incapable d'estimer valablement le temps passé en parano, mais la lutte fut chaude et longue, Ouf ! J'étais en attention seconde, en observateur/observant [7] .

C'est alors que j'ai revu Rastapopulos, le méchant métèque, le rastaquouère de l'album d'Hergé « Tintin au pays de l'or noir », album dont je raffolais enfant. Pour les amateurs, je l'ai revu immédiatement après, plusieurs fois, en marquis Di Gorgonzola de « Coke en stock », chaque fois dans une situation qui m'enracinait au plus profond de mes émotions d'enfant ou de mon passé. Positives ou négatives, j'en faisais l'adieu. Les situations anciennes, les vécus enfouis/zappés devenaient des dessins animés aux multiples personnages dans un scénario d'ambiance gaie et sympathique mais inévitablement je leur disais adieu et je mourais. Ces scénarii de dessins animés fonctionnent comme des séries de télévision et par rafales ils se sont additionnés, toujours sur le même canevas : un printemps de la situation, gai, très agréable où l'on retrouve la fraîcheur de notre enfance, puis la saveur de cette situation devenue mature en son été, et enfin l'hiver où tout se ratatine dans la vieillesse avec une énergie qui s'épuise, puis l'on fait ses adieux et on meurt. J'étais avec San Pedro depuis maintenant plus de six heures, l'effet de la mescaline diminuant, j'ai pu me lever et rejoindre mon lit avec grandes difficultés. L'effet se fit sentir encore puissamment pendant deux jours. Le lendemain j'eus enfin une excellente nuit et mon premier cadeau sous forme de rêve.

« J'étais dans ma nouvelle maison [8] , celle que je viens d'acheter et dont je finissais les travaux, et j'examinais le toit des dépendances. Tout à coup, sous mes yeux ébahis, une partie de la toiture s'effondre entraînant un bout de mur ! Bof ! Me dis-je, il arrive toujours un moment où il faut remplacer le vieux par du neuf ! Je fouille du regard mon stock de bois, et je trouve d'excellentes poutres de récupération en chêne multi centenaire, de quoi faire une magistrale restauration "dans son jus" de ce bâtiment ancien, et aussi sec, je commence le chantier bien content que le merdique de cet endroit se termine. Fin du rêve. »

Wachuma me montrait de manière imagée comment il fonctionnait et ce qu'il allait faire : démolir le vieux déglingué et usagé en moi et nous allions reconstruire. A l'aube, Wachuma s'est encore manifesté alors que j'étais dans l'état incertain où l'on ne sait pas si l'on dort, si l'on est éveillé ou si l'on rêve. Brutalement il m'est revenu en mémoire un incident que j'avais négligé et considéré comme insignifiant, ou plutôt, sans conséquences. 25 ans plus tôt, alors que j'étais en inspection d'une micro centrale hydroélectrique, un violent orage s'était levé, et, pour m'abriter, je m'étais mis sous un porche en dessous du poste de transformation. C'est alors qu'il y eut un énorme flash blanc et que j'ai pris pratiquement la foudre sur la tête : elle avait explosé à un mètre de moi dégagant 22 gigawats électriques en quelques nanosecondes. Mes cheveux et mes poils se sont dressés comme dans les dessins animés. En argot français on aurait dit que je m'étais "mis à briller dans le noir". A mon grand étonnement, il n'y eut aucun son, seul le puissant mais délicat frou-frou de l'onde en train de s'éloigner. De ce son, je me souvenais parfaitement, et souvent j'en avais raconté l'histoire, le reste ne faisait pas réellement sens. Wachuma m'a donné la vision d'une explication tout à fait différente : la foudre m'avait réinitialisé ! J'aurais mis tout ce temps à me rendre compte, qu'effectivement, c'est ce qui s'était passé. Tout en douceur et en glissement moelleux, j'avais changé de monde. Pour vous donner un exemple : j'étais passionné par l'énergie de l'eau et comment optimiser son rendement dans une centrale hydro-électrique. Ma passion à dater de ce jour m'a glissé à l'oreille : tiens, au fait, ça marche de la même manière pour l'humain ! Et vlan, je me suis mis à m'intéresser à lever les barrages de l'énergie dans le corps et l'âme humaine. Le but était d'en optimiser la circulation et permettre de se relier en conscience accrue aux mondes de la magie ordinaire dans les quels nous baignons ! J'étais devenu, sans m'en apercevoir et sans m'en rendre compte, un passeur entre les mondes. Pour moi, c'était faire comme avant, faire exactement la même chose sur un autre terrain : une optimisation de l'énergie ! Le passage d'un monde à l'autre avait été d'une telle sérénité que je ne m'étais aperçu de rien et ne reliais rien ! Je pensais, sans le moindre doute, que c'étais une évolution normale dans une vie. Wachuma me faisait voir et constater, malgré 25 ans de retard et d'esprit d'escalier, combien et comment ce coup de foudre avait réorienté ma vie.

C'est donc encore sous influence que Don Agustin m'emmena faire 7 heures de car pour rejoindre Ica et de là Nasca.

Après l'éboulement d'une berge de rivière au sud de la ville d'Ica, un Indien a pu pénétrer dans une grotte où étaient conservées, selon ses dires, plusieurs centaines de milliers de pierres gravées, de toutes tailles. De nombreuses péripéties ont suivi et le résultat, c'est ce musée informel d'Ica où nous avons pénétré.

Sur certaines pierres étaient gravés d'impossibles dessins : cartes anciennes de la planète datant d'au moins 13000 ans, opération à cœur ouvert, césarienne, télescope, dinosaures (oui, vous avez bien lu), machines inconnues, etc, etc. ... 

pierre Ica

pierre Ica


J'ai pu tripoter autant que j'ai voulu les pierres du Docteur Javier Cabrera [9] , aidé par l'acuité de perception que donne la mescaline. Elles sont bien ce que je pensais : une bibliothèque pour shamans et l'image de surface de chaque pierre en est le titre. Le contenu du "livre" est dans la pierre et c'est par psychométrie (lecture subtile par toucher) que l'on peut en recevoir les images contenues et les situations décrites.

pierre Ica

pierre Ica


Le bordel de la minuscule pièce dans laquelle s'entassaient plus de 11000 pierres de toutes tailles (d'environ 300 kgs pour les plus grosses à une centaine de grs) et la présence lourde de la gardienne m'ont perturbé et je n'ai pas réussi sur le lieu à "entrer" en elles, aussi bien que je l'aurais souhaité. J'en suis sorti avec une bizarre sensation, pas vraiment du malaise, plutôt un indéfinissable sentiment sur lequel j'avais de mal à mettre les mots.

Don Agustin

JC Flornoy


Et nous sommes repartis pour Nasca. L'effet de Wachuma était encore là, relativement puissant, arrivant par vague de manière courte et cyclique. Le lendemain matin, juste avant d'atterrir après le survol des célèbres lignes et glyphes, la même sensation s'est emparé de moi et ce coup-ci elle était si claire et si intense que j'ai vu la situation et ai pu la nommer : désespérance !

La réalité, personne n'ose le dire, c'est que cet invraisemblable amas de lignes qui se coupent et s'entrecoupent, est totalement incohérent et aléatoire. Elles sont en un lieu complètement désertique où jamais il ne pleut ni ne vente. Rien de rien. Pour tenter une explication, avant de venir, j'aurais plutôt été mollement tenant de la thèse "pré diluvienne", tout en sachant qu'elle est idiote car le déluge de 10500 BC a effacé toutes ces sortes de traces. Elles auraient été des indications pour une aviation qui aurait existé avant le déluge, une sorte de carte d'orientation destinée à des pilotes d'engins volants leur indiquant les directions des principales villes et royaumes de la civilisation qui a précédé la nôtre.

Ce qui est sûr, c'est que ces lignes sont évidemment destinées à être vues du ciel, et qu'elles n'ont aucune signification et ne font pas sens depuis le sol. Certaines de ces lignes font plusieurs kilomètres de long et leur tracé est très léger. La vision que j'ai eue était particulièrement triste et désespérée. Ce sont des survivants direct du déluge qui ont créé ces signaux destinés à être vus du ciel, pour le cas où … où il existât encore, après un tel ravage, une aviation. Nous sommes là ont-ils voulu dire. Ici, il y a des vivants ! Ces lignes et ces glyphes sont un cri, ils sont des larmes ! Les générations se succédant, ils continuèrent à tracer des lignes, sans plus trop savoir pourquoi, peut-être pour faire comme les ancêtres ! Pour les pierres d'Ica nous sommes dans la même situation : une tentative désespérée de survivants direct pour mettre le plus possible de leur savoir en réserve pour les générations à venir au cas où … où une génération à venir dans le lointain du futur puisse les lire et les comprendre. Ce sont des hommes de la même culture qui ont fait en même temps ces deux tentatives désespérées de Nasca et d'Ica.

Nasca

Nasca


A mon grand étonnement, j'ai constaté que les petits métiers de cette ville étaient organisés en confréries puissantes, les cireurs de chaussures, les changeurs de monnaie, les loueurs de minutes au téléphone portable ... Nous étions en situation de corporatisme comparable à notre Moyen-Âge du temps des fraternités. Ica vivrait-elle encore au rythme de l'antique quadripartition ?

De retour à Lima, j'ai repris deux fois Wachuma, en doses plus légères. Les scénarii de dessins animés avec ma mort au bout ont repris de plus belle. Des centaines et des centaines de situations, plus de six cents, qui aboutissaient à un adieu et une mort. Wachuma nous familiarise avec notre mort, ce n'est pas triste, il s'agit d'une découverte et d'un épuisement des énergies qui nous manipulent malgré nous. Je me suis vite aperçu que tous ces scénarii puisaient dans le vaste réservoir de mes comportements automatiques. Ceux-ci finalement fonctionnaient comme des chevaux de Troie dans un disque dur informatique et polluaient mon immédiateté instinctuelle de réaction. Globalement à cette phase des cérémonies, Wachuma était un excellent anti-virus. Il fait le travail sans douleur et le processus nous laisse en paix avec nous-mêmes. Cependant, je commençais sérieusement à en avoir marre de me sentir et me voir mourir au grès des fantaisies du Shaman, tant et plus que j'en étais gavé. C'est alors que nous avons fait nos sacs et que nous sommes partis pour 12 heures d'un car hors d'âge vers le nord : destination Chavín où à ma grande surprise j'allais rencontrer des péquenots et le Père « Chin Foin » !

Chavín de Huántar et son temple classé au patrimoine de l'humanité par l'Unesco est le lieu de la première civilisation unifiée attestée dans cette région. Elle s'étendait du Pacifique à l'Amazonie, et de l'Équateur à la Bolivie. Chavín étant à peu près au centre de cet ensemble. Elle est parfois donnée pour 3200 BC, mais la plus part du temps pour 1500/1000 BC et finirait vers 200 BC. Mes visions m'ont montré une civilisation qui existait déjà vers 7500 BC. Où est l'erreur ?

Don Agustin, avait régenté ce voyage de main de maître et ses contacts étaient de qualité. Ainsi nous rencontrâmes Ignacio, (nom hispanique, alors que je suis certain qu'il en a un en quetchua), un des guides officiel du site. Un Indien cultivé, ayant à dire que le ciel lui avait permis de naître dans un contexte où il avait eu la chance d'avoir des racines et une identité culturelle. Ce n'était pas peu dire. Il est indien jusqu'au bout des ongles, et agence ses mots impeccablement pour des oreilles occidentales. Il fait le pont entre les deux cultures de manière très habile.

Ignacio et sa fleur

Ignacio et sa fleur

En sorcier exercé, en psychonaute averti, il m'a rapidement fait basculer en attention seconde, en observateur/observant lors du début de la visite générale du lieu. Nous étions 4 en file indienne sur un sentier de prairie, Ignacio le guide, moi derrière, Sylvia et Don Agustin en arrière, lorsque tout à coup, il s'arrête, s'accroupit et scrute méticuleusement un je ne sais encore quoi. Une toile d'araignée ! Elle était en travers du sentier et si nous avions avancé, elle était bien évidemment détruite. J'étais très attentif à la situation. L'examen d'Ignacio a été long. Subitement, avec une adresse et une délicatesse folles il prit un fil de la toile entre le pouce et l'index de la main droite, je dis bien un fil et lui a fait faire un arc de cercle de 90°, puis l'a collé sur une herbe de l'autre côté de la piste. De manière totalement impossible donc incompréhensible, la toile avait été déplacée en totalité, libérant ainsi le sentier, l'araignée au centre n'avait pas bougé !

Gloups !

Ce geste m'a littéralement scotché, me laissant bouche bée ! Il avait créé en moi la béance et m'avait basculé profondément en conscience accrue !

Don Agustin avait organisé avec Ignacio la cérémonie de manière à ce que je puisse circuler en toute liberté dans le site du temple sans être trop dérangé. Vers midi j'ai donc eu une dose forte et "El Jaguar" s'est remis à circuler avec force dans mes veines. Le temple possède deux parties : une collective en agora au soleil et une individuelle en souterrain et petites cellules. Après avoir fait mon labyrinthe [10] comme j'ai pu et passé le temps nécessaire pour être imprégné des énergies du lieu, j'ai quitté l'agora carrée. Déjà en 7500BC la civilisation de Chavín pratiquait la quadripartition [11] , et cette grande place était là pour le démontrer. Passant les portes, j'ai grimpé vers l'antre du temple. Juste à l'entrée, il y a une petite place, pour groupe de 50 personnes environ, ronde cette fois là.

Lanzon


C'est là qu'il y a cette image du « Shaman ».
Comme il y a une cinquantaine de chambres souterraines, elle est le lieu de rassemblement des impétrants, la partie collective du culte à Wachuma dont l'essentiel se déroulera en solitaire dans l'intimité de la Pachamama, la Terre-Mère. Deux fois j'ai été me blottir dans ses profondeurs, aussi près que possible d'une pierre en forme de couteau (le Lanzon) qui est le point névralgique, le point de concentration d'énergie du lieu, pour me gaver de la semence de la terre.

Lanzon

Dans l'après midi, sur le mamelon au dessus de cette pierre en couteau, en compagnie d'Ignacio qui me surnomma « los hojos del Jaguar  [12] », j'ai eu un exceptionnel moment de grâce, de béatitude et d'extase en contemplant dans le loin, cent mètres peut-être, 5 ouvriers, des "péquenots" en train de couper de l'herbe à la faucille. Ils étaient à genoux, coupaient trois poignées, puis examinaient soigneusement chaque brin, je dis bien chaque brin, pour être sûr qu'il n'y ait pas de bestiole et remplissaient lentement une brouette placée derrière eux.

Angelus Millet

 

S'ils rencontraient un insecte, m'expliqua-t-il, ils le prenaient soigneusement lui expliquaient qu'ils allaient le changer d'univers et le plaçaient plus loin. A un moment, les cloches ont sonné, lentement ils se sont levés, ont respectueusement enlevé leurs couvre-chefs, courbé la tête. Je me serais cru dans l' « Angélus », le célèbre tableau de Millet ! De sa voix, Ignacio m'avait parfaitement guidé vers ce pur moment de grâce et de bonheur total.

Merci encore à toi ami !

San Pedro m'avait ouvert les portes du Paradis !

En redescendant vers le village, je n'étais plus visiteur au Pérou, mais ethnologue dans un monde disparu. Autour de moi, une gentille animation d'humains aux allures de gnomes ou de trolls : deux femmes naines en haut de forme et jupes courtes, un nain tordu, trois minuscules filles d'une pure beauté à la Cendrillon avec un regard de braise, quelques chiens, des moutons et leur berger, deux pipelettes genre fée Carabosse et plus encore… . Incroyable, tout ce petit monde communiquait, et moi j'entendais. J'étais fusionnel avec eux et les écoutais parler la langue directe, la langue des oiseaux. Les animaux eux-mêmes participaient et tout ce petit monde se comprenait ! A ma grande surprise, je me suis vu pratiquer "l'art goth", cet état d'esprit où la télépathie, la blague, les histoires, les légendes, l'humour et le gloups par le rire sont fondements de culture !

Pere Chin Foin

Le peu d'images qui nous restent à Chavín, sont à aborder avec « les yeux du Jaguar », c'est à dire sous Wachuma avec le cerveau droit ! Et là, vous hallucinez, ce ne sont que des rigolards, le « Père Chin Foin » (à droite) en tête ! Ce temple est un haut lieu d'initiation par le plaisir et le rire, en état de conscience accrue.

Pere Chin Foin

Le Shaman

Quant au shaman, regardez le avec l'oeil intérieur ! Il est sous Wachuma, complètement explosé avec son oeil exorbité, son nez et sa bouche de travers. Ses mèches de cheveux sous forme de serpents en vrac, remuent. Il grimace comme un clown, la fumée se dégage de son crâne, il pète le feu, il est complètement déjanté, et il rigole ! Cet état de surprise m'emmena au point source de notre civilisation protohistorique, dans le creuset alchimique de notre spiritualité européenne. Ici je pouvais dire : c'est la terre des ancêtres ! J'y ai refait le lien avec leurs âmes, physiquement !


Tout à coup, j'eus l'éclatante sensation de me brancher sur un fleuve, une centrale d'énergie universelle. C'était comme si au dessus de moi, je ne connaissais que les limites du gris d'un ciel nuageux et que subitement dans un déchirement j'étais projeté dans une nuit pure en plein milieu de la voie lactée.

Tout me disait que le fil d'Ariane de mon ADN commençait ici et me reliait aux ailleurs inconnus. Philosophiquement et pratiquement l'occident se croit toujours et encore sous le régime d'avant Galilée : des élites orgueilleuses, phares de l'humanité et le reste de l'univers qui n'est que satellite à tourner autour d'eux où à la botte. En moi à cet instant, ces reliquats génétiques d'héliocentrisme et d'attitudes de centre du monde sont réduites en pièces par El Jaguar, m'ouvrant à l'immensité et me faisant participer au chant du monde.

Mais Wachuma est un tout-fou ! A la tombée du jour, des paranos sont revenues et un froid glacial m'a saisi. J'ai été me terrer dans ma chambre d'hôtel sous une pile de couvertures avec ma peur du cancer aux tripes.

Cette nuit là, mon premier rêve fut le suivant : « J'étais dans ma propriété, une sorte de village privé un peu comme les organisent les Hollandais ou les Anglais en Dordogne, et j'examinais une maison pour la faire habiter. Je venais vérifier et tester la liaison Internet. Quelle ne fut pas ma surprise en grimpant l'escalier du premier étage, de constater qu'il n'y avait plus de murs, plus de toit et qu'on voyait le ciel ! J'étais bouche bée pendant qu'une voix me disait : essaye, plus rien ne te gênera pour envoyer un mail à Florence... . Fin du rêve. »

La nuit se poursuivit par une vision en rêve où la malédiction occidentale et son inflation d'orgueil pouvaient cesser maintenant que j'avais "mis les doigts dans la prise". Nous autres occidentaux sommes les fils de Quetzalcóatl, j'étais à son point de départ, là où probablement il a mené sa dernière cérémonie avec « El Jaguar » avant de partir avec son peuple vers l'Europe. Je refermais la boucle des interrogations sur nos origines. Spirituellement, nous nous rebranchions sur le cycle d'éternité de la connaissance. En fils prodigues, nous retournions à la source générale. A cet instant, comme aurait pu le dire Solon à Platon, nous avons cessé d'être des enfants sans Histoire, nous pouvions entrer dans le monde adulte des sages, capables d'enfoncer intimement leurs racines au plus profond de la mémoire du monde, et à se laisser ré irriguer de cette sève !

La prise en commun de Wachuma crée une représentation du monde unique dont cette civilisation de Chavín est la matérialisation. Elle est une tentative de maintenir cette vision issue du cerveau du rêve dans le monde du quotidien et du cerveau rationnel. Monde duel, interférence permanente du yin et du yang, rien n'est fixe, tout est mouvant relié par la magie de l'instant.

La nuit continua de me donner son lot de rêves. Cette fois-ci, j'étais avec le Père Chin Foin qui me disait : « Bienvenue au Club International de Chavín, toutes les langues du monde ont leur langue des oiseaux. L'art goth est l'art d'être et de se connecter avec la vie à 50% cerveau gauche + 50% cerveau droit. Tu es dans le pays de Ma Mère l'Oie, regarde, oiseau commence par Oie. Nous sommes la religion originelle, alors, au boulot JC ! J'accomplissais ce voyage avec d'excellentes motivations parfaitement égoïstes, justifiées pour moi, et je me retrouvais avec une mission concernant l'ancienne religion sur les bras ! En râlant, j'ai répondu au Père Chin Foin que sans recevoir ou réactiver tout une liste longue comme le bras de pouvoirs mystiques genre Superman, ce n'était même pas la peine de lever le petit doigt, l'échec était garanti sur facture. Fin du rêve. »

L'ancienne religion me collait à la peau, j'avais l'intime sensation d'être au centre d'une problématique dont le renouveau de la spiritualité occidentale était l'enjeu principal.

Dès le potron-minet du lendemain matin, Don Agustin me fait entreprendre une virée touristique en un lieu nommé Huari. Détestant à cette époque de ma vie les grimpettes en montagne, j'ai dû prendre mon courage à deux mains pour deux heures de marche forcée et alors mes deux pieds ont attaqués ferme une jolie pente montant vers les 4000/4500 m. Tout ces efforts pour admirer une magnifique cascade ferrugineuse.

cascade

cascade Huari


Au retour, c'est donc sous l'effet récurrent de Wachuma, de la fatigue, du manque d'oxygène et du souffle court que je me suis affalé à l'avant du taxi, regardant droit devant pour ne pas voir les précipices bordant les lacets chaotiques de cette descente vertigineuse. Comme souvent, le taxi s'arrête. Mollement attentif, j'ouvre les yeux, et à nouveau :

  Gloups ! : J'hallucine et j'entre en conscience accrue !

Devant moi, une vieille pygmée indienne ratatinée de 1,30/1,40 m en vêtements multicolores flashis, le haut de forme sur la tête, était entourée de moutons. Elle portait sous le coude gauche l'anse d'un panier plein de laine, tenait dans la main gauche une quenouille, et de la droite, elle filait son écheveau. Brutalement cette scène pastorale d'un monde disparu m'a fait entrer dans la vision du "pays de ma mère l'oie", j'étais avec la bergère issue du "petit peuple". Pour la seconde fois, j'entrais en art goth, elle me regarda dans les yeux et nous communiquâmes du fond de nos âmes. Elle se mit à s'esclaffer en me disant que nous étions les fils de Quetzalcóatl et qu'il était donc normal que notre extrême arrière grand-mère soit une « amerloque ». Cet argot m'a sidéré, je l'ai regardée ébahi, elle a éclaté de rire ! Elle me regardait toujours et rajouta : "dans la montagne, les conteurs et conteuses du corpus de Ma Mère l'Oie existent encore ainsi que les enseignants de la langue des oisons, tu pourras les rencontrer."

Le taxi est passé, j'étais remué jusqu'aux tréfonds avec l'incroyable sensation que le "pays de ma mère l'oie" existait pour de vrai et la Reine Pédauque aussi ! Bien sûr, dans une dimension non ordinaire de la conscience, mais une dimension accessible avec l'aide du Jaguar. L'idée et le désir de faire un film de cette histoire et de ce petit monde m'envahirent.

Comme l'hiver approchait, certains cols de haute altitude étaient déjà fermés. Don Agustin voulut tout de même nous faire traverser la Cordillère blanche, et nous avons dû faire un grand détour par des chemins innommables pour enfin atteindre un col à plus de 6000m d'altitude et basculer vers le versant de la forêt amazonienne, direction : les bains chauds incas.

ancien bain Inca


Don Agustin s'est révélé être un excellent facilitateur, et avait organisé le voyage un peu comme je le faisais autrefois en forêt de Brocéliande avec mes visiteurs : un mélange de lieux sacrés et de lieux touristiques ou ordinaires, des kilomètres de route et de la poussière pour fatiguer le corps et user les ronrons du cerveau gauche. Les cérémonies allaient reprendre avec une formidable alliée : la source médecine de Baños.

Deux cérémonies se sont succédé en délai court d'un jour et avec des doses moyennes. Prise vers 13h, déjeuner léger, arrivée vers 16h aux bains, retour aux environs de 20h. L'eau chaude (38/40°) est sulfureuse. Elle vous ramollit en moins de deux et vous installe rapidement en hypnose éricksonnienne, état sophronique, méditation profonde, attention fluide, en d'autres termes : rêvasserie flâneuse !

bain moderne


Je commençais à avoir l'habitude du Shaman, et voici les conclusions de ce qu'à ce moment je percevais. Il s'était agià chaque fois d'une montée plus ou moins aboutie d'énergie, plus ou moins dispersée dans la génitalité, la paranoïa, ou si elle avait fonctionné à peu près correctement, dans l'extase, le tout pouvant être mélangé dans une soupe dont le sens ne m'était pas toujours clair.

1.       Le Shaman nécessite environ 2h/2h30 pour commencer son effet et celui-ci se fera sentir au moins 6 heures en continu avec forte intensité, puis, de manière inopinée pendant encore 24 à 48h.
2.     La respiration est très importante, il faut qu'elle soit rapide, profonde et ample. Inspiration par le nez et expiration par la bouche. La distanciation est à ce prix.
3.     Il faut faire une demande et une seule et rester fixé dessus pendant la première phase de montée de kundalini. Il ne faut pas embrouiller le Shaman, il est déjà assez tout fou comme ça.
4.     Dans la seconde phase, il est possible de changer d'objectif, mais le mieux est de le laisser faire.

Pour cette première cérémonie en eau chaude, j'avais demandé à la plante de retirer la haine que je pouvais avoir dans le cœur. Lorsque que je suis devenu tout sensation et que le vide s'est fait, je me suis vu m'ouvrir la poitrine et m'arracher le cœur avec l'aide du Shaman et l'offrir au dieu du Soleil pour qu'il souffle dessus afin de le purifier. La sensation a été extrêmement libératrice et fut accompagnée d'un soulagement physique immédiat comme si une charge quittait mon corps.

Le jeune tout-fou continua son cinéma une partie de la nuit, avec cette fois une sensualité, une luxure et un érotisme ébouriffants dans des scénarios dont les décors et l'environnement rappelaient Luis de Funès et Yves Montand dans « La folie des grandeurs ». Dans mes visions, il y eut entre autres beaucoup d'excellentes recettes de cuisine comme dans le film « Vatel », le cuisinier de Louis XIV. Je les ai toutes oubliées et ai la flemme d'aller les rechercher. Tant pis pour les gastronomes !

Quant à la cérémonie suivante, je n'avais pas de demande particulière. Lorsque le Shaman m'a pris, je me suis vu sanguinolent, senti écorché vif, et ma peau offerte au dieu de l'eau pour qu'il la nettoie. Dans ma vision, il a remplacé des filaments rouges et noirs à l'intérieur de mon corps par des blancs et or.

Sans le savoir, je revivais ce que l'imagerie sacrificielle de ces régions représentait abondamment. Ce que nos savants archéologues interprétaient comme des cérémonies de prêtres sanguinaires étaient en réalité une simple métaphore d'un processus cathartique.

La nuit suivante me donna un rêve étrange. « J'étais avec un groupe de djihadistes dans un pays musulman inconnu. Avec eux, mais étranger. C'était le soir, j'étais couché. Un des hommes présents, s'approcha et tira de sous mon corps une épée en Z, toujours dans son fourreau. Il la lève au dessus de sa tête avec respect et dit : c'est la plus belle épée de l'Islam ! Fin du rêve. »

A nouveau un mini bus hors d'âge et les interminables chemins poussiéreux vers Huanuco avant de descendre vers la jungle de Tingo Maria et son antique grotte pour une initiation à la terre. A la sortie, l'orifice de la caverne était étrangement semblable à la mandorle de la carte numéro 21 du tarot : le monde.

grotte de Tingo Maria

mandorle du Monde, tarot de Jean Noblet

Le voyage se terminait, les cérémonies de Wachuma aussi. J'étais perplexe, car après cette dizaine de prises, je sentais bien que cette médecine était opérative et efficiente, mais aussi que je n'étais pas au bout de mon souhait, et que la transformation que j'appelais de tous mes vœux me semblait encore loin dans l'espace intersidéral.

Ayant encore une semaine à passer au Pérou, je décidai de prendre l'avion pour le Cusco. Comme je luie avais demandé de me mettre en contact avec un Indien connaissant Wachuma et Ayahuasca, Agustin m'avait recommandé un guide et quelle ne fut pas ma surprise de me trouver à l'aéroport en face d'un tout jeune homme de 23 ans : Julian.

Julian, mon jeune guide au Cusco

 

Merde me dis-je, un gamin, mes plans vont foirer !

En plus, il parlait l'anglais comme une vache espagnole et au Pérou, ce n'est pas peu dire. Malgré ces obstacles nous réussîmes à nous comprendre et il me présenta à Jessica, son ex belle sœur, une ayahuascera occidentale qui tout de suite me plut. Nous prîmes rendez-vous. Sachant que ces médecines ne sont réellement efficaces que dans la répétition (addition), j'avais décidé de participer au maximum de cérémonies d'Ayahuasca possibles dans le temps qui m'était imparti. J'étais arrivé le 30 avril et la première cérémonie était prévue pour le 2 mai. L'espace de temps entre Wachuma et Ayahuasca fut de 3 jours que j'utilisais pour visiter la dite "forteresse" sur les hauteurs du Cuzco et bien sûr Machu Picchu.


 la "forteresse"


La forteresse de pres

 

La forteresse de loin

Inutile d'installer des blocs pareils pour résister à des arcs, des flèches, des frondes et des lances ! Cette forteresse n'est fortifiée que d'un côté. La pointe des zigzags est orientée en "brise-lames" à l'est. Le tout est installé en autobloquant totalement antisismique. Tout bien comme y faut pour résister à la vague du déluge.

3800 mètres d'altitude, encerclée par un cirque de montagnes de plus de 5000 mètres, la "forteresse" est prédiluvienne et a été prévue pour résister aux reliquats de la vague principale de 4000 mètres du déluge de 10500BC. Reliquat qui devait tout de même être un tsunami d'une vingtaine de mètres de haut et de millions de millions de mètres cubes ayant certainement noyé toute la basse vallée !

vallee du Cusco     miroir Inca

Mes pieds foulaient l'ilot de terre de la survivance, le lieu sacré des ancêtres, berceau dont d'immenses civilisations allaient renaître. Pour moi, le cycle de la mémoire du monde commençait et se terminait ici.

J'eus un autre cadeau lors de ma visite au Machu Pichu : ce magnifique "miroir inca" et Julian à qui j'ai pu expliquer (tant bien que mal) l'usage qu'en faisaient, au moins à une époque, les fils du soleil. (voir à ce sujet le site consacré au phosphénisme)

Connaissant à peu près mon programme, don Agustin m'avait équipé en potion magique avec l'idée que j'aille au Machu Pichu en compagnie du Shaman. Je n'avais pas plutôt ouvert la bouteille qu'une incompressible nausée m'envahit. Je n'en avais pas eu jusque là, et je fus surpris. En refermant le flacon, une vision et une certitude montèrent.

En sortant de la grotte de Tingo Maria mon cerveau analytique avait vu une mandorle et m'avait renvoyé au tarot, le Shaman encore une fois me donnait une explication différente : j'avais été conçu une nouvelle fois par la Pachamama et j'étais sorti par son vagin, lui m'avait seulement accouché. San Pedro avait été la sage femme !

L'idée du Shaman en infirmière de maternité m'a fait rigoler. Son cycle médecine se terminait symboliquement sur une naissance. Que demander de plus ?

 

Grotte de Tingo Maria

C'est donc après un break de 3/4 jours que j'allai retrouver une autre plante enseignante : Ayahuasca. J'avais déjà participé à une cérémonie en France avant son interdiction, et savais donc à peu près ce à quoi je devais m'attendre. Aymara m'avait dit : le Shaman est un jeune tout fou, ce qui s'est avéré tout à fait exact, et Ayahuasca une mère tendre et douce. Je n'irais peut-être pas jusqu'à dire ça. Ce que j'avais expérimenté, était une longue attente avec les sens de plus en plus exacerbés quand soudainement, avec le chant, la plante m'avait pris et emmené dans une puissante vision très courte d'une phase occultée de ma naissance. Après qu'elle m'avait délivré son message, j'avais vomi la plante. L'effet avait rapidement diminué et je m'étais endormi.

Au retour de ce site extraordinaire ou, comme les péruviens aiment à le rappeler, une des merveilles du monde, j'avais rendez-vous pour la première cérémonie de ce nouveau cycle.

Jessica, mon introductrice, pratique localement en thérapeute et fait ses cérémonies pour les gens du Cusco. Dans notre discussion préalable, j'avais évoqué une expérience de montée d'énergie alors que j'avais 33 ans. Ah ! me dit-elle, c'est mon âge. Jeune, sympathique, polyglotte, elle allait de plus s'avérer compétente.

Pour la cérémonie, nous étions quatre, plus elle et je suis arrivé vers 20h. Elle nous a fait signer la traditionnelle décharge de responsabilité et après les questions d'usage, la cérémonie a débuté. Son chant est beau, très doux, fait d'onomatopées il appelle les esprits de la plante. Puis, quand le moment est venu, elle nous la donne à boire, le goût est horrible, mais c'est sans importance. Elle aussi prend la plante, elle est une curandera qui accompagne. Elle vomira la plante assez vite et s'occupera de nous. Dans quelque temps, nous savons que ce sera notre tour. Nous rendrons la plante après qu'elle nous eut fait entrer dans la vision, guidée par nos nécessités personnelles et le chant de Jessica. Celle-ci termine par moi. Depuis un bout de temps déjà, je baille, je baille et je baille : je suis devenu une machine à bâillements. Son chant est prenant, mais je ne suis pas vraiment dedans. Toujours en dehors, le mental est encore là, flottant. C'est un peu long et elle est d'une patience infinie. Tout à coup, mon corps entre en puissantes vibrations et crac, je rentre dans une vision de dessins géométriques colorés. Le lendemain Jessica me dira que c'est le niveau de la vision cellulaire, celle de l'ADN, et elle me donnera un bracelet de perles représentant cette vision.

bracelet et tissu amazonien realise sous ayahuasca

Puis avec une force considérable, je me sens ouvert en deux dans le sens de la hauteur, de bas en haut, comme par un grand coup d'épée. Brutalement, je me retrouve dans le ventre d'un animal, un serpent. Il a la gueule grande ouverte en direction du ciel et les crocs suffisamment éloignés pour laisser le passage libre. Avec une puissance dont je n'avais pas l'expérience, l'énergie explose. Je suis comme enflammé en totalité et emmené, embarqué, transformé en roquette, en fusée qui grimpe à toute vitesse vers le ciel. Je traverse un secteur d'espace violet avec de petites zones jaunes et pixels multicolores et arrive dans une zone où j'explose en lumière blanche, dans la lumière blanche. La conscience accrue est là, je suis distancié, en observateur/observant. Ce blanc m'envahit en un flash puis aussi soudainement, tout cesse.

Je me retrouve dans mon corps, hébété, je mets la main sous moi : c'est mouillé, je constate qu'effectivement, tout s'est ouvert, y compris le sphincter anal. Jessica continue de chanter, mais moi, trempé de ma merde, j'ai la bloque et resserre les fesses ne laissant aucune chance à l'énergie de monter une fois encore. Impossible de dormir, j'attends le jour pour aller me laver. J'avais rendu la plante, mais pas par la sortie habituelle !

Sortie de la tombe

 

Dans ma vie j'avais déjà eu deux montées d'énergie de cette nature, une à deux ans et une à 36 ans, mais jamais avec une pareille intensité. Elles m'avaient profondément modifié et la seconde m'avait ouvert les portes de la maîtrise. Cependant, leur intensité n'avait pas été suffisante pour me transformer en totalité, et j'avais dû me contenter du minimum syndical. J'avais fait avec, conscient de mes limitations, et conservé une configuration d' "humain trop humain" parfois complètement nul. J'avais fait le voyage du Pérou en désespoir de cause, avec l'immense désir de sortir de la tombe dans la quelle je me sentais enfoui. Wachuma m'avait donné des visions et relié à l'immense lignée des ancêtres. Il m'avait ouvert la porte de nos vieilles traditions, depuis le corpus des contes de ma "Mère l'Oie" jusqu'à la langue des oiseaux, mais pas arraché du cercueil. C'est Ayahuasca et le chant de Jessica qui l'ont fait.

Deux jours plus tard, nouvelle cérémonie. Un peu inquiet, j'avais acheté des couches culottes pour adulte ! Rien ne se passe comme la première fois. Très vite après la prise de la plante, j'ai de grosses bouffées de chaleur, une interminable série de puissants bâillements et des respirations profondes et accélérées. En attendant Jessica, je suis allongé. Ce fut certainement une erreur, mon corps n'était pas libre totalement de se comporter comme il souhaitait et de gérer la situation. J'aurais dû me mettre assis. Les chants que Jessica adresse à mes co-cérémoniaux me dérangent beaucoup, je les suis et ils ne me mènent nulle part. Le temps passe, les bâillements diminuent, les respirations profondes aussi. Le moment de la montée d'énergie passe lui aussi. Enfin Jessica arrive, je me redresse, elle chante, c'est trop tard, le moment est passé. Elle n'arrive pas à me remettre à la terre, c'est fini, elle renonce et je reste avec la plante. Et la plante me parle, me parle, Dieu qu'elle est bavarde ! C'est la raison de ce texte. Elle me dit que je suis un cas d'école, comme je l'avais été pour le tarot et que la manière dont elle a fonctionné avec moi est un archétype de son fonctionnement. Elle insiste beaucoup dessus. Voici donc l'enseignement qu'elle m'a demandé de transmettre :

Les bâillements sont le signe que la plante ne va pas agir sur le plan des émotions, mais sur celui de l'énergie. C'est une montée de la kundalini à laquelle ils préparent. Ils fonctionnent comme une pompe et au fur et à mesure, accumulent l'énergie qui sera brutalement dégagée par la plante. Ils annoncent que c'est probablement la porte de la maîtrise qui va s'ouvrir, mais aussi que l'évacuation ne se fera pas par le vomissement, mais beaucoup plus certainement par le sphincter.

A la suite de cette deuxième cérémonie, j'ai lâché trois ou quatre litres, la plante m'a littéralement vidé les tripes et nettoyé de ma merde.

Pendant le court débriefing qu'elle m'accorda, je dis à Jessica qu'il était très important qu'elle fasse attention aux bâillements. Ils sont le signe d'une montée d'énergie et à la clé il y a pour la personne une possibilité d'entrer dans la maîtrise. L'expérience de la lumière blanche en est la porte. Je lui dis aussi qu'il est plus important d'aider à l'accouchement d'un maître que de torcher le cul d'un apprenti. Ce langage direct ne lui a pas plu, égalitariste elle a refusé de l'entendre. Il est fort probable qu'elle ne voudra pas porter d'attention particulière aux fonctionnements de la montée d'énergie, jusqu'au moment où ce sera son tour et que la plante ne voudra plus qu'elle la vomisse, la laissant dans sa chiasse avec ses clients. Je lui souhaite d'avoir le courage d'aller revoir ses maîtres, de leur poser la question de la montée complète d'énergie et de leur demander de mener pour elle les cérémonies jusqu'à cet accomplissement.

Il est fort plausible que jamais nous ne nous reverrons, alors, grand merci encore Jessica pour tes cérémonies et ton bracelet. Bon vent dans les voiles et n'oublie pas d'acheter un pot de chambre !

Quatre mois ont passé depuis mon retour. La mémoire de toutes ces cérémonies est intacte. Les plantes enseignantes travaillent encore en moi, elles continuent de me modifier, parfois en saut quantique, parfois dans une lenteur désespérante. Je reste flottant et n'ai toujours pas la sensation d'avoir atterri. Ayant vécu ces enseignements par les plantes, j'ai appris à les aimer. C'est ainsi que j'ai décidé de jardiner et de cultiver quelques « simples », mon souhait étant de pratiquer, ici en Europe, une médecine enthéogène. Ma forme générale est ébouriffante, jamais depuis dix ou quinze ans je ne m'étais senti aussi bien, je suis opérationnel pour une nouvelle tranche de vie pleine et riche.

En rédigeant ce texte, par curiosité, j'ai surfé sur le web. Hormis quelques rares liens intéressants, quelle horreur, des commentaires de jeunes psychonautes inexpérimentés et/ou d'orientation ludique absolument incompréhensibles. Des analyses de journalistes hypocrites n'ayant jamais pris aucune de ces plantes et osant tout de même en parler ne faisant qu'exposer leur pauvreté d'âme. Résultat : un grand vide intersidéral incapable de nourrir une âme avide. La médecine des plantes enseignantes reste une des rares médecines traditionnelles qui nous soit accessible. Elle est à la racine de notre culture, que pouvons-nous souhaiter de mieux ?

Merci à toutes et tous, o mitakuyé oyassin !

Sainte-Suzanne, 20 août 2008

lien vers le "néo-chamanisme"


[1]     Le pèlerinage des bateleurs, ©2007 éditions Letarot.com
[2]    C.f. arcane XX Le Jugement
[3]    Le chamanisme est tribal et lié à une société traditionnelle vivante avec transmissions inter générations. Aujourd'hui dans notre société post-industrielle, le mot de chaman ne correspond plus à rien, tellement il est galvaudé par tout les « metteurs de plumes dans le cul » de la planète, escrocs occidentaux en tête. Il est devenu un foure-tout et un attrape couillons. Par contre, quel nom faut-il donner à tous ceux qui cherchent à se relier et être acteurs dans les mondes spirituels et dans l'entre monde des esprits. Aucunes des anciennes dénominations traditionnelles ne me satisfait. En vrac : maître passant, homme de connaissance, sorcier, chaman, homme-médecine... "Passeur entre les mondes" rend bien compte de ce qui se passe, mais est trop long et compliqué. Faute de mieux, j'adopte, pour le moment, le terme de « Psychonaute ». Il est voisin de celui des Argonautes, nous faisons le même voyage, notre génération part pour la même aventure intérieure, deux cycles de précession des équinoxes plus tard. Finalement, comme eux, nous sommes des marins sur l'océan de l'âme et nous aussi partons trouver notre « Toison d'Or ».
[5]    Il existe une vieille coutume pratiquée par les voyageurs romans et les fraternités de constructeurs du moyen-âge, encore vivante aujourd'hui chez les « Wandereurs », les compagnons charpentiers allemands.
    Ceux-ci commencent par faire trois années d'apprentissage dans leur métier, puis, aspirants ils ont trois années d'errance statutaire. Ils ne voyagent jamais seuls, toujours à deux, obligatoirement à pied et en tenue : le largeau (pantalon à large ceinture), le chapeau et le bâton avec les couleurs. Ils n'ont pas autorisation pour survivre en chemin de se faire embaucher dans une entreprise de la corporation. Ils doivent faire mille et un petits métiers et se laisser inspirer par le hasard. L'errance est nécessaire pour découvrir le monde et y trouver sa place. Elle reste la solution de la dernière chance lorsque votre vie ne fait plus sens et que vous avez perdu la vague sur la quelle vous surfiez; alors vous « partez sur les champs » pour vous laisser inspirer par l'Esprit. L'errance est le pont entre l'état d'apprenti et celui de compagnon.
     Pendant votre « tour », et afin de vous rappeler les bonnes manières du voyageur, lorsque, le soir, fatigué de la journée, une bière de trop dans le nez, votre tête tombait sur la table du bistrot, votre ami compagnon sortait de son sac une pointe de charpente, le marteau et d'un grand coup, il vous enclouait l'oreille et quittait la table. Pas de laisser aller dans un endroit non sécurisé, autrement la sanction tombe.
     Le souvenir de cette antique coutume était remonté me dire : tu es l'encloué !
[7]    C.f. Pèlerinage des Bateleurs, page 135
[8]   J'ai trouvé mon nouvel ermitage dans un fin fond de campagne, un trou du cul du monde fort sympathique au nom prédestiné : Saint Mars du désert. Je vais pouvoir prêcher le tarot aux martiens dans le désert ! En plus, cerise sur le gâteau, c'est une ancienne auberge, « Au Lion d'or » datée du début du XVIIIe siècle, pile poil l'époque de mes deux principaux tarots : Noblet et Dodal. Elle a une salle de réception dans des proportions au nombre d'or avec d'immenses fenêtres, comme les bons architectes de cette époque savaient encore faire. Jouer et tirer les tarots dans une salle de bistrot de cette qualité, m'enchante.
[10]  Faire son labyrinthe, est une expression compagnonnique désignant le rituel suivant : lorsque vous pénétrez la première fois dans une église romane, vous entrez par l'ouest et vous allez faire trois fois le tour du déambulatoire par le côté nord, afin de vous imprégner des énergies particulières du lieu qui vous sont souvent décrites sur les chapiteaux. Les fois d'après, vous entrez au nord, par la petite porte dérobée dite « porte des initiés. » 
[11]   Je donne en long et en large l'explication de la quadripartition dans mon livre - Pèlerinage des bateleurs – page 259.
[12] Les yeux du jaguar
 


Page ajoutée le 30 août 2008