Le tarot est une création
de l'Europe médiévale chrétienne.
Dites-le à un fanatique typique du tarot, certains de ces zélotes
écarquilleront les yeux et changeront aussi sec de sujet, d'autres
avaleront leur perruque, quant aux derniers, ils vomiront leur soupe
de lentilles comme Linda Blair dans "L'exorciste".
Pourquoi?
Parce que le tarot a été pris en otage depuis les 200
dernières années.
Comme pour tous les autres kidnappings, le motif en est l'argent. Chaque
année plusieurs douzaines de jeux sont lancés sur le marché,
chacun porteur des plus absurdes idées, théories ou points
de vue. Basés sur la croyance que "personne ne sait réellement
d'où vient le tarot", quelques éditeurs et auteurs
remplissent leurs poches de monnaie, laissant le vrai tarot enterré
sous des tonnes d'ordures.
Un kidnapping qui perdure depuis 200 ans...
Il y a seulement besoin d'un regard ouvert sur le tarot, un unique coup
d'œil dépourvu d'ego ou de préjugés personnels,
pour comprendre que le tarot ne vient ni d'Egypte, ni d'Atlantide, ni
d'une planète éteinte nommée Krypton. Il nécessite
seulement un regard attentif et humble pour se rendre compte que le
tarot ne contient pas la recette secrète de Marie Madeleine pour
sa sauce de salade préférée. Il ne demande qu'un
regard sobre pour comprendre que le tarot vient, comme je l'ai déjà
dit, de l'Europe médiévale chrétienne. C'est là,
dans ce contexte que le tarot s'est développé. Nous n'avons
pas besoin de nous égarer autant pour cerner ses intentions et
significations.
Il y a de nombreuses théories plus ou moins logiques au sujet
des rapports du tarot avec la chrétienté médiévale.
Un de mes textes favori sur la question est de Michael Hurst: vous pouvez
le lire ici
(en anglais).Vous pouvez aussi consulter les réflexions de Jean-Claude
Flornoy là,
ou rechercher dans cette énorme banque
de données historiques. J'ai lu un auteur très remonté
qui prétend que regarder la vie de Bouddha de près peut
vous aider à détecter un mythe de la rédemption
dans le tarot. Je reste sans voix à me demander pourquoi cet
auteur a besoin d'aller si loin quand en fait nous pouvons trouver un
tel mythe dans l'exacte culture où le tarot s'origine : l'Europe
chrétienne. La logique évaporée de l'amateur lambda
du tarot prétend qu'aujourd'hui nous ne pouvons que spéculer
sur les origines du tarot. C'est vrai. Mais pourquoi avons-nous besoin
de pousser nos spéculations aussi loin qu'en ancienne Egypte,
autour des règles douloureuses de Marie Madeleine, ou de la recette
perdue de la tarte aux praires d'Atlantide ? L'Europe chrétienne
devrait suffire. Obsédés comme tous ces auteurs l'ont
été à découvrir le code "occulte"
du tarot, ils ont négligé le code évident, rendu
apparent juste en regardant les images du tarot de Marseille.
Pourquoi est-il aussi important d'insister là dessus ?
Premièrement pour revendiquer le tarot comme unique instrument
d'inspiration spirituelle issu du monde occidental. Le tarot peut aujourd'hui
être aussi utile qu'il y a 500 ans parce que, comme Michael Hurst
l'exprime, il nous invite à "connaître notre place,
pratiquer nos vertus, et avoir confiance en dieu". C'est un message
plein de puissance et d'utilité, quelles que soient nos croyances
personnelles.
Deuxièmement, il est important d'insister sur tout ça
parce que l'image contemporaine du tarot a été façonnée
par des arnaqueurs et des demeurés, générants toutes
sortes de théories absurdes et explications bizarres. Parlant
du bizarre, il est bon de rappeler que l'idée de l'origine égyptienne
du tarot fut une invention d'Antoine
Court de Gébelin, un "occultiste" qui, selon ce
qu'on raconte, "découvrit" le tarot en 1771 et regardant
des dames jouer aux cartes. La pierre de Rosette venait d'être
découverte quelques années plus tôt. L'Egypte était
à la mode en ce temps, et Court de Gébelin s'est bien
amusé à projeter ses fantaisies sur le tarot. Il prit
également quelques libertés : il installa un
quatrième pied à la table du Bateleur, mit un zéro
à la carte du Mat, retourna la carte du Pendu…Pratiquement
jusqu'à son époque le tarot avait été une
œuvre d'art sacré, transmise au sein d'une lignée
de maîtres. Le talent des maîtres cartiers fut leur contribution
à la tradition, en se mettant au service des images d'un artiste
inconnu. Court de Gébelin débuta le "Tarot de l'Ego".
Il fut le premier amateur non formé qui osa "bidouiller"
ces antiques images et mettre signature et nom de famille comme "créateur".
Aujourd'hui nous savons que tout ce que Court de Gébelin a "vu"
dans le tarot était faux, que c'était une complète
fantaisie. Mais ces fantaisies ont été perpétuées
par de nombreuses générations d'occultistes qui ont fait
pareil, ajoutant leur ego et leurs noms de famille au tarot.
Notre plus grand problème est que depuis que Court de Gébelin
et ses amis ont posé les yeux sur le tarot, ils ont décidé
de voir dans le tarot quelque chose d'autre, mais pas le tarot. Cette
incompréhension, issue d'une mélange d'arrogance et d'ignorance
de la part de ces soit disant occultistes, nous a produit un carnaval
de pseudo-tarots, chacun étant le miroir de l'ego de son auteur.
Aucun n'est fidèle à la véritable nature ou intention
du tarot. De cette période sont issues toutes les prétendues
relations entre le tarot et la cabale, l'astrologie, la table d'émeraude,
les combats de coqs mexicains, les chakras ou "Josie et les Pussycats".
Il n'est donc pas étonnant que l'image du lecteur de tarot déclenche
suspicion et mépris dans le grand public! Le plus célèbre
de ces "occultistes" était Arthur E. Waite qui, au
début du 20è siècle, mandata Pamela Colman Smith
afin de créer un nouveau graphisme pour le tarot. Waite est mondialement
connu pour avoir "illustré" les soi-disant arcanes
mineurs. Par cet acte, le "Tarot de l'Ego" évolua vers
un "Tarot pour Mômes". C'est le tarot de ceux qui préfèrent
lire Paulo Cohelo plutôt que Dante. Le tarot de ceux qui choisiraient,
sans hésiter, Prozac plutôt que Platon. Ainsi, le tarot
"Rider Waite-Smith" a été bâti sur une
tradition erronée, fondant les assises de toutes les bêtises
et folies que nous observons aujourd'hui autour du tarot : "Le
Tarot du nombril clignotant", "Le Tarot des Guignols",
"Le Tarot des Vendredis Désinvoltes de Krishnamurti"
et une multitude d'autres clones, tous absurdes et éloignés
de mille lieues de la source originelle.
Arnaqueurs et demeurés…
Quand nous regardons le tarot de Marseille, La Papesse nous raconte
que la connaissance prime sur l'ignorance et la malhonnêteté.
Heureusement, il existe des personnes qui s'intéressent à
libérer le tarot de ses kidnappeurs. Pour eux, un retour à
la source est à l'ordre du jour. Avec la réedition du
tarot de Jean Noblet, nous pouvons pour la première fois depuis
presque quatre siècles regarder le tarot comme il était,
sans intermédiaires et sans couches de paillettes ou de clinquant.
En même temps, l'accès aux matériaux historiques
est devenu plus facile. Tous les mensonges qui ont longtemps encombré
le tarot ne persisteront que parmi ceux qui ont besoin de la théorie
du complot pour se faire une monté d'adrénaline. Au-delà
du chant des sirènes du marché, la possibilité
d'expérimenter le tarot comme un exceptionnel chemin visuel vers
la connaissance de soi est de nouveau ouverte...
Page ajoutée le
7 janvier 2008